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Véritable 'artificier du verbe' créateur de la "Fronde des Poètes", animateur sur Canal 40 de la seule émission française consacrée à la Poésie, Victor Varjac est – entres autres – l'auteur de recueils de Poésie tel que "La chair du néant", "Les amants du silence", "Fleurs sauvages" ou encore "Les portes du Chaos" (joué à Paris en 1993). A propos de Victor Varjac...
ou l'étincelle du Verbe Quelle joie irremplaçable que de recevoir "la Barbacane" dont son directeur poète, Max Pons, inventa la formule, il y a, tout de même, 42 ans ! Ce numéro (81/84) est consacré entièrement à la nouvelle et à ce que notre littérature compte de plus éminent. Autant dire que ce florilège possède une valeur inestimable. Je vous laisse juge : Michel Host ouvre le bal avec 4 leçons de l'oncle Elmore (fragments extraits du journal d'Apolline). Annie Dana, Jean Claude Bologne, Denis Borel (le cœur qui pêche), Annie Saumont, Alain Absine (légère comme l'air), Ghislain Ripault et Georges Olivier Châteaureygnaud (escale technique au paradis). Ces auteurs nous entraînent dans des mondes très différents mais dont les lignes directrices sont toujours la qualité, l'originalité et le rythme fluide et ingénieux des mots. Un plaisir autant pour le palais que pour l'esprit. ce volume s'achève par un très bel hommage à Jean Rousselot, poète admirable et généreux, qui nous quitta le 24 mai 2004 sur la pointe des pieds, comme pour ne pas déranger ce monde entièrement tourné vers le Veau d'Or. Max Pons rappelle ses trente ans d'amitié avec celui qu'il nomme "Jean Le Fraternel" en regrettant le silence retenu autour de cette disparition d'un poète majeur du Xxième qui durant deux mandats présida la Sté des Gens des Lettres. Heureusement, l'œuvre du poète est plus forte que le temps. Les illustrations de ce magnifique numéro sont signées Fleur Nabert. La parution de cet automne sera consacrée au peintre poète Charles Minetti disparu le 12 février 2005. Comment ne pas vous recommander une revue réalisée à l'ancienne et dont Max Pons propose un tirage de tête sur papier Arches... ou dans sa formule plus traditionnelle sans oublier naturellement, l'indispensable coupe-papier pour découvrir les nouvelles contenues dans ces pages. Bravo Max Pons pour cette nouvelle réussite. Sans être indiscret, je livre à nos lecteurs, amoureux de la langue française, un petit secret. L'année prochaine, la parution d'une anthologie des poètes niçois...
"La Barbacane n° 81/84",
La revue des pierres et des hommes,
Directeur Max Pons -
ISBN : 07679556,
30 € (tirage de tête arches),
14 € (tirage courant).
Saluons cette nouvelle édition revue et augmentée des "Lettres à Madeleine" par Laurence Campa, parue aux éditions Gallimard. Avec cette correspondance, Wilhelm de Kostrowitzky, né à Rennes, en 1880, de souche italo-polonaise et mort en 1918 à la veille de l'armistice de la grande et terrible 1ère guerre mondiale, nous laisse un témoignage particulièrement sensible et tendre. Le poète, malgré la mise en quarantaine des médias d'aujourd'hui, connaît la puissance éternelle des mots et sculpte la vie avec les mains du cœur, c'est sans doute la raison pour laquelle il traverse le temps, l'espace et se rit des modes et des purgatoires. Il incarne les fondations sensibles de ce monde matériel devenu plus froid, plus insensible que l'acier. Apollinaire rencontra, le dimanche 27 septembre 1914, dans le restaurant "Da Bouttau"sur les coups de midi, outre le docteur Grinda, l'avocat Charles Bernard, Attanoux, Sylvianne de Mondouhet, Louise de Coligny Châtillon que ses amis appellent plus familièrement Loulou, cette splendide jeune femme, snob et frivole recherchait l'aventure, prévenant le nouvel élu qu'il n'aurait aucun droit. Guillaume ne résistera pas longtemps au vertige de cette flamme vive. Il lui écrira, dès le lendemain, après "une soirée opium", "vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous le dire" (Nice, le 28 septembre 1914). Cette liaison ardente mène le couple du vieux-Nice aux excursions à la mode. La belle accepte caresses et baisers mais refuse de se donner au poète. Guillaume, qui a demandé sa naturalisation (qu'il obtiendra en 1916), décide de s'engager pour la durée de la guerre. Ce fils d'immigré, italien, polonais, russe qui souhaite ardemment devenir français, fournit une nouvelle demande de naturalisation. Affecté au 38ème Régiment d'Artillerie de Compagnie à Nîmes, il part sans rien dire à Lou. Il lui adresse quelques lignes sur sa décision et son départ immédiat. Une telle attitude ne peut que piquer au vif la jeune femme. Comment cet amoureux a-t–il pu agir ainsi ? Lou déterminée, boucle aussitôt ses valises et dès le lendemain prend la direction de Nîmes. A peine arrivée le 7 décembre, elle loue une chambre au Grand Hôtel de Midi. Le soldat poète, déjà célèbre, obtient immédiatement une permission. Cette idylle aussi éphémère que foudroyante, ne durera que neuf nuits enflammées, qui laisseront des traces impérissables dans le corps et l'âme de ces deux êtres suspendus entre le ciel et l'enfer. Le poète chevauche la lumière et sa plume nous offrira poèmes et lettres qui figurent aujourd'hui au Panthéon de la Poésie et de la littérature érotique. Ces pièces paraîtront en 1947, sous le titre "Ombre de mon amour", puis "Poèmes à Lou". De son vivant, certains seront publiés dans "Calligrammes". Cette folie de corps, cet embrasement de l'âme, ne durera que l'espace d'un souffle. Le passage de la comète aveugle et enthousiasme avant de laisser à la nuit, la place où vibre encore de lumière, abandonnant les yeux soulevés par l'enchantement. Mais déjà, le 23 janvier 1915, les retrouvailles à Nice n'ont plus la même saveur pour Lou la frivole... annonçant en pointillé, la fin d'une passion éternelle qui s'échoua le 28 mars de cette année 1915 à Marseille. Le poète n'interrompera définitivement sa correspondance que durant l'année suivante. Pour se donner bonne conscience, Lou lui suggère de chercher une remplaçante... que répondre à cela lorsque la guerre fait rage et tue comme un monstre toujours affamé de cris, de douleurs et d'éclairs qui foudroient les cœurs. Heureusement le destin veillait sur le poète délaissé. Apollinaire se souvient d'une jeune fille rencontrée dans le train qui amenait Guillaume de Nice au champ de bataille. La lettre, la première est datée d'avril 1915. La jeune fille se souvient de ce voyageur en uniforme qui lui parla avec émotion du vieux-Nice. Madeleine Pages accompagnera sa réponse d'une boite de cigares. Dès la seconde lettre, Guillaume s'adresse à "sa petite fée". il lui adresse une composition calligrammatique, écrite sur une écorce de bouleau. Vivre pour le poète, c'est tout à la fois céder à cet élan d'amour et de création. Bien vite la correspondance tourne au badinage. En juillet, il lui écrit : "je vous aime profondément, je pense à vous terriblement". En Août, il demande officiellement sa main à sa mère (son père ayant déjà quitté ce monde) qui répond favorablement. L'écriture est vécue comme l'ultime rempart de lumière où la beauté marche au bras de l'amour. La poésie est alors ressentie comme une incantation qui tient en respect la misère et la violence, la solitude et la promiscuité. Cette correspondance est un témoignage irremplaçable qui met en scène la vie des combattants au quotidien. Le poète devra traverser l'horreur, la boue, la violence des combats, la précarité de cette existence toujours suspendue à l'éclair d'une trajectoire encore inconnue et qui pourtant veille jusque sur l'ombre de ses futures victimes. A la veille de Noël, Guillaume obtient une permission, il retrouvera Madeleine dans sa famille, à Oran. Cette oasis de paix ne durera que quinze petits jours. Que se passe t'il exactement lors de cette tranche de vie. Nous l'ignorons encore aujourd'hui. Il rejoint le front en s'arrêtant à Paris. Il embrasse sa mère et lui annonce son projet de mariage. Il écrit à Madeleine du front retrouvé le 14 mars : "je te lègue tout ce que je possède, et que ceci soit considéré comme mon testament". Les poètes sont des voyants et Guillaume a sans doute aperçu le visage terrible de l'obus de 150 dont l'éclat allait transpercer le casque et frapper sa tempe droite... Et si notre poète n'avait adressé que des SMS à Madeleine, nous n'aurions pas entre les mains cette écriture plus vivante que des paroles et dont chaque ligne semble être la dernière. Cet amour brille avec d'autant plus de vigueur qu'il se sait, à chaque instant, menacé. L'ouvrage se lit comme on déchiffre l'écume du secret juste à deux pas du cœur. Ecoutons le poète prononcer ces mots immortels :
"Madeleine, ce qui n'est pas à l'amour est autant de perdu." Guillaume Apollinaire, "Lettres à Madeleine", (tendres comme le souvenir), Gallimard - ISBN : 9782070772605, Prix : 22,50 € Alex Benvenuto, "La Côte d'Azur d'Apollinaire", Edition Serre - ISBN : 9782864103752, Prix : 30 €
A lire également dans la Bibliothèque de la Pléiade :
Le voile des chemins Les Chemins de Plume nous proposent, pour honorer la halte des vacances, un nouveau recueil de Claude Artès dont la couverture est signée Pascal Olivier Reynaud. Vous qui allez remonter le temps par les chemins d'un repos bien mérité, n'oubliez surtout pas de vous munir de ce petit recueil d'un poète authentique. Son nouveau format qui pourrait rappeler celui d'Actes Sud, invite au voyage et à la rêverie. Quelques mots suffisent à planter le décor et Claude Artès connaît, depuis sa tendre enfance, le royaume des sentiments. L'évasion passe aussi par la marche éternelle et somptueuse des paysages. La nature se pare, selon les saisons, de brumes ou de lumière, de masques sévères ou de fragiles sourires. La terre murmure à l'aube d'un baiser et dans le silence, on peut entendre la douceur d'un rêve qui passe. Le poète partage avec le lecteur son enthousiasme et soulève ici et là un monde inconnu où l'image se balance au dessus de la vie. N'oubliez pas ce recueil, il sera le confident et la mémoire de vos heures forgées sur l'enclume farouche des rires de l'été.
"Simplement aimer ton sourire
Claude Artes,
"Les Bonheurs inaperçus",
Editions Chemins de Plume -
EAN : 978284954024297,
Prix : 12 €
La mémoire d'une âme errante Heureuse initiative, cette parution bilingue du journal d'un poète aux éditions de la Différence de Sergueï Essenine. Qui peut aujourd'hui décrire le visage de cette comète russe, si mal connue en France ? Poète sans aucun doute, mais aussi en ce début du XXème siècle, véritable âge d'or de la poésie, paysan, malfrat, vagabond des mots... Cet éternel adolescent n'est pas sans nous rappeler l'image de Rimbaud parcourant "de ses souliers blessés". Le long serpent des routes qui menait à la Capitale. Un jour de Printemps 1915, Sergueï entre dans St Pétersbourg, la ville trépidante et magique. En quelques mois à peine, cet ange aux yeux d'infini, à la démarche aérienne qui semble incarner la Russie ancestrale dont les steppes portent les racines, fait chavirer le tout Pétersbourg. Sergueï fait paraître en 1916 son premier recueil "Radounitsa" que l'on pourrait traduire littéralement par "temps d'allégresse." Les années qui suivent matérialisent, comme le chant de la terre dont il semble porteur, sont irrésistible ascension, mais la lumière possède toujours son pendant de ténèbres et cette admirable réussite littéraire et poétique s'accompagne d'une vie tapageuse. Le poète quitte sa terre natale pour suivre la belle danseuse américaine Isadora Duncan. La rupture de ce couple en vue ramènera le poète dans son pays en 1921. A son retour, Sergueï fut littéralement porté en triomphe comme l'enfant prodige. Ses faits et gestes devinrent des modèles jusqu'à son suicide en 1925 qui déclenchera de véritables vocations pour la mort. Une foule immense assiste à ses obsèques, les poètes se bousculent autour de leur idole et quelques temps plus tard, une amie du disparu s'immolera sur sa tombe. Dans ce journal, livre de bord où les poèmes nous coûtent la vie d'un artiste à la fois sensible et furieux, sans cesse entre le choix et l'abandon, les rires et les pleurs, nous retrouvons les racines même de la lumière chevauchant l'étalon de la mort. Fragile équilibre d'une âme errante qui sillonne les routes à la recherche du mirage inconstant du destin. Trois mois avant son suicide, le poète épouse la petite fille de Léon Tolstoï, Sophie. Les poèmes de ce journal dessinent au fil des pages, la silhouette attachante et terrible d'un artiste à la recherche d'un verbe au delà du monde, pour éteindre le feu de son âme dévastée. Ce recueil est plus qu'un témoignage, il représente le drame intérieur d'un homme dont les vers incarnent l'indicible langage des cœurs assoiffés près des puits recouvert par le voile absurde et cruel du quotidien. Le présent ouvrage s'achève par trois documents pris sur le vif et quelques photographies du poète et de ses proches.
"...La lune est morte.
Sergueï Essenine,
"Journal du poète",
Editions de la Différence -
EAN : 9782729115102,
Prix : 20 €
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