Panorama du Livre - Victor Varjac: La page du poète, Juin 2005, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Victor Varjac : La page du poète
Juin 2005

Quatorzième volet de notre espace Poésie présenté par Victor Varjac.

Véritable 'artificier du verbe' créateur de la "Fronde des Poètes", animateur sur Canal 40 de la seule émission française consacrée à la Poésie, Victor Varjac est – entres autres – l'auteur de recueils de Poésie tel que "La chair du néant", "Les amants du silence", "Fleurs sauvages" ou encore "Les portes du Chaos" (joué à Paris en 1993). A propos de Victor Varjac...

Bruno Gabelier : "Gouttes d'Elle" Dessins de Pascal Baudot - Editions du Bergier, EAN: 9782951677852
20 

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Gouttes d'Elle
ou l'esquisse imprévisible d'un regard

Les éditions de Bergier nous proposent un ouvrage original et coloré, dynamique et sensuel, où les formes s'unissent, à chaque page avec les mots.

Ouvrons ensemble ce recueil et voyageons sur les feuilles où s'endorment les images, où le corps de la femme se métamorphose tantôt en silhouette, tantôt en nymphe, parfois en muse inaccessible.

Après "Les mots de source" (Coll. de Bergier) et "La rive avide", Bruno Gabelier nous entraîne dans un paysage où le verbe a un visage, celui de l'émotion. Comment ne pas succomber sous le charme de cette musique au rythme capricieux, qui provoque mais qui sait aussi bercer nos peurs, adoucir nos chagrins et perdre nos incertitudes.

Le poète a rompu nos amarres et nous descendons le fleuve de la parole et du vent.

Elle est là, toujours à portée de regard, à fleur d'imagination, elle s'empare du moindre geste, de l'esquisse même d'un sentiment.

Entre lune et soleil, larmes et sourire, la femme ouvre la maison de l'amour. Qu'il est doux ce mouvement de l'espace où la poésie de Bruno Gabelier enlace les dessins de Pascal Baudot.

Un livre et chevet avec lequel on oublie la blessure des tempêtes et le chagrin des naufrages.

A lire lorsque le ciel éperdu cherche "le chemin des rêves".

"De toi
il y a le cœur
le vent fauve sur les plaines
l'arrogance des couleurs
Où sont tes collines
et l'eau que tu offres ?
Du mouvement dans les jambes
de la robe jusqu'au bleu du ciel
je te vois un peu là où j'imagine."

Bruno Gabelier, "Gouttes d'Elle", Dessins de Pascal Baudot, Editions du Bergier - EAN : 9782951677852, Prix : 20 €


Jean Malrieu : "Libre comme un maison en flammes - Oeuvres poétiques 1935-1976" - Le Cherche Midi, EAN: 9782749103193
25 

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Jean MALRIEU
Ou "Le temps déchiré de l'amour"

Le Cherche Midi, toujours quêteur authentique et pur, vient de publier l'œuvre poétique (1935-1976) de Jean Malrieu sous le titre énigmatique et admirable "Libre comme une maison en flammes".

Jean Malrieu est né à Montauban le 29 août 1915. Ses parents sont originaires de Bourret dans le Tarn et Garonne.

Les premières années seront un enchantement qui se poursuivra pendant l'adolescence. Il était cet enfant dont les yeux "sont pleins de choses naturelles."

Au seuil de l'âge adulte, il confiera : "je mourrai usé car je laisse un peu de moi sur toutes choses... il faut que je sois toujours en adoration pour ne plus souffrir de moi." Cette réflexion constitue la ligne même de son destin : "je veux me perdre dans l'absolu de l'amour".

Justement voici venu le temps de la découverte, de l'amour et de la fraternité. Jean rencontre Georges Herment. Ce sera le début d'une grande amitié qui aura pour support l'initiation du jeune homme à la poésie contemporaine et au jazz. Notre poète en herbe se voit pour la première fois publié dans le revue "jazz Hot" par Hugues Parnassic. Nous sommes en 1935, Jean à tout juste 20 ans.

Ce sera le début d'une activité artistique et littéraire particulièrement intense. Il correspond à présent avec Cocteau et Max Jacob. Il écrit des poèmes naturellement : "Automne", "le Pain des cages", "les chances réelles", mais également de la prose. Notons "Aller et Retour" qu'il dédit à Marie Thérèse Brousse, (qui deviendra Lilette, puis son épouse en 1938). Lilette taquine la muse et publiera quelques poèmes dans la revue de Jean, "Action Poétique", puis dans les "Cahiers du Sud".

Ce sudiste se rend à Paris pour commencer des études de droit… qui ne peuvent ni lui convenir, ni le satisfaire.

1936, il accomplit son service militaire. Il se tourne vers le front populaire et prend position en faveur des républicains espagnols.

Il est mobilisé durant l'hiver 39/40, la drôle de guerre. Une fois la défaite consommée, il rejoint sa famille à Montauban.

Son écriture poétique oscille entre la féerie et le désespoir. Il fait paraître en 1942, une brochure, s'appuyant sur les notes de son père "Histoire de Montauban et de ses cantons".

Pour survivre, il occupe différents emplois. Il deviendra pour un temps vélo-taxi, puis obtiendra un poste d'instituteur qui le mènera dans plusieurs villages du Tarn et Garonne.

La Grande Roue de la vie, toujours en marche voit disparaître ses parents, juste avant la naissance, en 1943, de son fils Pierre.

Il poursuit sa route poétique avec notamment "Les lavandières ou le cœur du moment". Cet ouvrage ne sera édité qu'en 1979.

A la libération, il adhère au Parti Communiste. Il apprend que sa sœur et son beau frère sont morts en déportation. Le souvenir de cette sœur chérie, accusée du crime de résistance, ne le quittera plus.

Le poète traverse alors une période chaotique ou la pendule intérieure s'emballe. La boussole du coeur semble avoir perdu ses repères.

En 1948, nous le retrouvons à Marseille où il enseigne aux enfants qu'il aime tant. Les conditions matérielles sont précaires et l'équilibre instable. Il écrit un roman "Avec armes et bagages" (qui paraîtra en feuilleton dans la revue Europe en 1952).

1950 sera l'année décisive. Elsa Triolet le publie dans "Les Lettres Françaises" et ce n'est autre qu'Aragon qui le présente. Il participe aussi à la revue de Jean Ballard "Les cahiers du Sud" jusqu'à la disparition de cette dernière en 1966.

Son isolement prend fin lorsqu'il crée avec des amis et Gérald Neveu, l'Association des Poètes de Marseille. La revue s'appelle "Action Poétique". Il continue de militer pour le Parti et confie à cette presse, des poèmes de circonstances.

En mars 1953 paraît son premier livre "Préface à l'amour", qui reçoit le Prix Apollinaire. Il rend visite à André Breton et collabore aux publications surréalistes.

Mai 1956 marque l'époque d'une crise, la plus importante sans doute et la plus douloureuse de son existence. Lilette le quitte pour quelques mois : "j'ai perdu, je n'ai pas su vivre, je n'ai pas su aimer. Quel épitaphe ! !"

Après l'intervention soviétique en Hongrie, le poète prend ses distances avec le Parti Communiste.

La mort de Gérald Neveu, en février 1960, l'atteint profondément. Il s'active autour des œuvres de son ami. Il les préfacera, les fera connaître. (Fournaise obscure en particulier). Il lui consacrera un volume dans la collection "Poète d'aujourd'hui" en 1974.

En 1964, l'infarctus lui fait toucher les deux doigts de la mort, mais le poète n'a pas achevé sa ligne de lumière.

Vesper sera le dernier ouvrage écrit à Montauban. Il achète alors une maison où il passera ses vacances. Ce havre de paix situé à Penne de Tarn lui inspirera "Penne d'Albigeois à travers l'histoire", texte écrit avec son fils Pierre (1969).

Les poèmes se succèdent sans interruption. La vie poétique coule, comme une source, du diamant de sa plume. 1973, Vesper reçoit le Prix Artaud. Il publie ensuite "Le nom secret", suivi de "la Vallée des Rois". Puis survient la réédition de "Préface de l'amour" augmentée d'"Hectares de soleil", "Le château cathare etc". En 1970, pour que vive intensément le poème avec Yves Broussard, il fonde une revue, à Marseille "Sud". Sa devise est une phrase de Joë Bousquet : "Révolte de l'homme du midi qui veut être la chair de son chant".

En 1975, il quitte l'enseignement. Depuis son infarctus, l'homme se sent fatigué, vidé, mais il ne s'écoute pas. La poésie est une amante vorace qui brûle ses pas plus sûrement que la braise.

Après un hiver plus pénible que les précédents, le poète se découvre, avec le Printemps, une occupation nouvelle. Il devient le guide du Château de Bruniquel, un village voisin.

Hélas, il n'a guère le temps d'occuper ce nouveau poste, car il est piqué par une tique.

Il ignore ce qui le fait souffrir et qui l'affaiblit davantage. Notre poète rassemble le peu de force qui lui reste pour signer à Toulouse "Le plus pauvre Héritier".

Il est conduit, peu après cette dernière parution en public, à l'Hôpital de Montauban. Le poète s'éteint à l'aube. Nous sommes le 24 avril 1976.

Sur la tombe de Jean, on peut lire :

"Même le temps est accepté, ce provisoire des merveilles".

Lilette le rejoindra vingt ans plus tard en 1996.

"un homme est toujours sauvé par sa vie" nous dit le poète, mais son œuvre nous le restitue à tout jamais.

Si Jean Malrieu écrivait beaucoup et rapidement, "sous la dictée des voyageuses", j'invite tous les amoureux du verbe à venir se plonger dans les 500 pages de cet ouvrage magnifique, où les mots "font de l'or sous la langue".

"Cette plainte merveilleuse de l'âme, c'est l'amour.
Ecoute-la. Je n'ai point d'âge, mais, nourri d'épices, chargé de sel, couvert d'humus, empli de choses à naître,
Je suis maître de moi comme d'un navire et mon corps est un voilier d'avril, de vice, d'impudeur.
J'ose aimer et je délire.
Notre d'amour sent le lys et le soufre.
Désir rauque, fouette-moi de tes ronces.
Je lutte avec toi dans la broussaille.
Cherche-moi. Trouve-moi.
Les herbes giclent vert.
Nous sommes un printemps au monde,
Acharnés comme des lutteurs au dessus de la mort."

Jean Malrieu, "Libre comme un maison en flammes - Oeuvres poétiques 1935-1976", Le Cherche Midi - EAN : 9782749103193, Prix : 25 €


"Poètes russes d'aujourd'hui - Anthologie bilingue" - Editions de la Différence, EAN: 978279115420
25 

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Poètes russes d'aujourd'hui
ou la parole ressuscitée

Les Editions de la Différence nous proposent une anthologie bilingue des poètes russes d'aujourd'hui. Cet ouvrage est un double événements. En effet, il réunit, comme il y a un siècle, vingt cinq poètes, (le même nombre que dans l'Almanah des Muses au début du XX ème) et il donne enfin la parole à des artistes souvent victimes de la censure soviétique.

La poésie représente tout ce qui est éternel et qui sans doute, demeurera lorsque tout aura disparu. Elle est la partie noble de l'homme, qui le rapproche des dieux. Cette langue inaltérable suit le chemin de notre lente évolution.

Après la chute de la dictature soviétique en Août 1991, on s'aperçoit que la poésie, que l'on pouvait croire éteinte, peut être même oubliée, était bien vivante. Le feu couvait sous les cendres.

Nous retrouvons dans cette anthologie, l'extraordinaire diversité des courants de la poésie russe aussi riche que celle du début du siècle dernier.

Trois grandes lignes de la poésie russe contemporaine apparaissent : le modernisme, le postmodernisme et l'académisme.

Le symbolisme mystique ressurgit avec Kehova, Sedakova. La poésie classique n'est pas oubliée avec Kouznetsova et Pavlova.

La poésie lyrique s'affranchit d'une certaine réserve pour devenir plus érotique et parfois même franchement osée. Boris Lejeune nous indique en 4ème de couverture "la Voix de chacun des 25 poètes forme un chœur polyphonique qui chante la mélodie de la vie, constante dans l'infini renouvellement."

Le vers libre domine dans cet ouvrage, qui pousse avec force et talent les portes de la liberté, mais laissons le poète Ivan Idanov conclure :

"le verbe naît dans les ténèbres par lui-même
et se tourne vers toi, tu marches à sa rencontre".
"Poètes russes d'aujourd'hui - Anthologie bilingue", Editions de la Différence - EAN : 978279115420, Prix : 25 €


Mario Mercier, lithographie
Un coeur noir dans la lumière

Les Editions de l'Age d'Homme nous réservent, pour cet été, une véritable surprise en publiant l'œuvre poétique posthume du grand Poète Lefeuvre illustrée par Mario Mercier : le Coeur noir.

Né à Paris d'un père comédien et d'une mère poétesse, Alain Lefeuvre a traversé notre époque telle une comète.

Comment dissocier l'homme du poète tant l'existence de l'un animait la vie de l'autre ? Celui qui m'appelait affectueusement "son fils spirituel", a caché, pendant prés de quarante années, sa poésie. Son métier de journaliste, dans lequel il excellait, lui permit de pousser toutes les portes. De la richesse à la misère la plus sordide, il fut traversé par un fleuve d'images. Son extrême sensibilité lui réclamait autre chose que des articles. Il lui fallait dire, dénoncer, crier, hurler... jusqu'à l'épuisement cette honte, cette révolte, ce doute, qui furent ses compagnons de voyage. Alors, il écrivit, il écrivit sans relâche, sans concession aucune. Chaque nuit, il laissa sa douleur et sa vie sur le papier.

Comment ne pas déborder d'amour face à tous ces anges crucifiés ? Le poète imagine un nouveau ciel où les jours ne seraient plus obscurs, où les enfants pourraient s'ébattre dans la joie et où les femmes nimbées de soleil apprivoiseraient l'amour dans les troubles de la chair.

Mais la vie du poète s'épuise et la fièvre pas à pas, cherche son cœur comme le pêché du premier homme. Alors dans l'âme d'Alain se glisse le visage de l'enfant qu'il fut. De ce "voyage tendresse", naît la vision de sa mère qui se penche, au balcon d'un passé si proche, que le poète pourrait presque l'embrasser.

Le temps surpris, ne tourne pas la tête et Alain touche les souvenirs, les plaies des jours et les tourments cachés. Les souvenirs n'ont pas de fissures et ne connaissent pas l'oubli. Ils ressemblent à des fleurs éternelles que l'existence bouscule sans parvenir à les effacer. La fêlure du corps prépare sa violence et rampe dans l'artère jusqu'au but suprême.

L'artiste ne craint pas ce cérémonial car la mort ne peut disperser le pain de son œuvre. C'est l'heure de l'interrogation suprême... Non, encore un instant, une mise en garde, un cri plus vaste que la conscience pour jeter à la face des lâches, le massacre de l'enfance. Mais, il n'est plus temps, hélas, de mettre le poing dans la gueule des meurtriers. La fièvre appelle la douleur et le sang coule dans le délire.

Encore un mot... sur la beauté, la nymphe, la femme, toutes les femmes, lascives et pulpeuses comme des pièges sublimes où s'épanouissent la caresse et l'extase. Il faut partir, oui mais pour quelle destination ?

"Je suis mort déjà tant de fois
que vienne enfin la déchirure !
Seigneur, conserve-moi la foi
visse ta clé dans ma serrure !"

Mais c'est encore l'image maternelle qui apparaît au seuil du départ.

"Mes os vomissent le saindoux
vierge souveraine et démente
au parfum d'œillet et de menthe
berce-moi sur ton cœur si doux..."

Ainsi, jusqu'au bord de la chute, jusqu'à l'ultime seconde, le poète secrétera la lumière flamboyante du verbe, comme un tourment de l'âme pour rappeler aux hommes qu'ils verrouillent leur ciel avec les crocs empoisonnés qui poussent derrière leur visage.

"Le Cœur Noir", ce nouveau recueil d'Alain Lefeuvre, en forme de testament, illumine nos êtres d'un espoir qui transfigure la mort et porte le vivant message d'une poésie visionnaire et tragique, plus forte que le temps.

Alain, poète, choisira, sans hésiter, d'être rebelle pour dépecer ces marchands d'armes et tous ceux que Satan habille d'ombre et de fer. Alors il jette les mots, qui tour à tour se métamorphosent en constellations... en miracles, en injures, en cailloux et qui frôlent ou caressent La Grande Roue du monde sur l'axe du Mystère.

Alain Lefeuvre, "Le Cœur noir", L'Age d'Homme - 480 pages – 27 €
En souscription



Victor Varjac
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