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"Les monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m'ont toujours spécialement intrigué car plus un esprit se limite plus il touche par ailleurs à l'infini." Le Joueur d'échecs (1942) Vienne à la fin du XIXème siècle : Une ville cosmopolite où la Culture joue un rôle dominant. C'est dans cet univers que naquit – au sein d'une riche famille juive - le petit Stefan, le 28 novembre 1881. Porté sur la Littérature et le théâtre dès son plus jeune âge, il s'essaye très tôt à l'écriture avec succès puisqu'il décroche plusieurs prix de poésie, dont le prestigieux prix Bauernfeld et publie un premier recueil de poèmes dès 1901 à l'age de 20 ans. Mais un tournant s'opère en 1904 avec deux événements qui marqueront la vie de notre auteur : tout d'abord, il décroche son doctorat de Philosophie sur un philosophe français, Hyppolite Taine qui expliquait la production artistique et les faits historiques par la race, le milieu et le moment. En parallèle, son premier recueil de nouvelles est publié dans une revue sioniste et parmi celles-ci, la nouvelle : Les Prodiges de la vie est une véritable clé pour décrypter cet auteur. En effet, Les Prodiges de la vie ne représente pas seulement la première nouvelle aboutie de l'auteur; Elle porte aussi en elle la quintessence du style de Zweig et – mise en parallèle avec la dernière oeuvre de l'auteur Le Joueur d'échecs – elle aide à toucher du doigt l'âme troublante et torturée de cet Autrichien amoureux de la France.
La description détaillée et historiquement réaliste de la ville d'Anvers n'a ici d'égale que la grande finesse avec laquelle sont décrits l'évolution des sentiments de la jeune Esther. On ne peut être qu'époustouflé – eu égard aux peu de relations qu'entretenaient les deux sexes à cette époque – par le sens de l'observation quasi-médiumnique de cet homme. De même, si le ton du récit tend vers le conte, l'auteur pose néanmoins la question de la création artistique et de l'intervention de la destinée – inspirée ou non par Dieu – si présente dans l'ensemble de son oeuvre.
"On eût dit qu'il y avait une lumière intérieure cachée d'où émanait cette clarté mystérieuse, et qu'il soufflait là un air plus délicat, plus caressant et plus pur que dans l'univers tout entier." (à propos du tableau) Les prodiges de la vie (1902) Enfin, comment ne pas voir - à travers le personnage troublé et profondément humain d'Esther – les prémices du questionnement de Zweig sur le pouvoir de la passion et sur ses ravages; questionnement qu'il amorça clairement avec Amok, la nouvelle qui lui apporta la consécration en 1922. Car ici se situe l'art de Zweig, dans sa formidable empathie – perceptible dans la chaleur de son regard - qui le poussa encore et encore à analyser cette part d'éternité qui fait de nous des êtres humains : les débordements de l'âme par le biais de la passion. On reproche souvent aux nouvelles de Zweig de manquer de profondeur de style et pourtant ses analyses de ces hommes et de ses femmes en proie au doute et à l'amour annoncent l'importance actuelle de la psychologie à une époque où cette science n'en était qu'à ses balbutiements. Chaque médaille a son revers et chez Zweig le revers de cette sensibilité à fleur de peau, de ce formidable talent d'analyste, fut que l'homme fut toute sa vie un écorché vif profondément ébranlé par les deux guerres dont il fut – de loin - le témoin. Néanmoins, aussi torturée que soit le personnage d'Esther, le conte des Prodiges de la Vie s'achève sur une note optimiste à l'inverse du Joueur d'échecs, la dernière oeuvre de l'auteur où l'on sent poindre l'amertume au travers d'un style plus sec et d'un propos largement plus pessimiste qui fait écho à son propre désespoir. En effet dès l'arrivée des Nazis au pouvoir en 1933, ses ouvrages furent brûlés et lui-même fut dès lors un apatride désespéré de voir les valeurs de tolérance et de respect s'effondrer face à l'horreur nazie qu'il avait toujours combattue. Stefan Zweig l'essayiste et le biographe : chroniques émouvantes de notre Histoire
"Car l'Histoire se sert de fils d'araignée pour tisser le solide réseau de la destinée." Marie-Antoinette (1932) Si Stefan Zweig est majoritairement connu en France pour ses nouvelles, il ne faut pas oublier qu'il fut aussi dramaturge, poète, essayiste et biographe et qu'il excella dans tous ces arts littéraires. Sa connaissance de l'histoire alliée à son esprit critique et à son intérêt pour la philosophie ont permis à Zweig de nous offrir des textes d'une grande richesse où l'Histoire prend ses lettres de Noblesses et où l'épique côtoie le réalisme avec bonheur.
Ainsi dans Son recueil : "Les Très Riches Heures de l'humanité", sa description de la prise de Byzance ou des derniers jours de Haendel sont tour à tour bouleversantes et artistiquement majestueuses : "l'ivresse de l'espérance plane encore une fois comme un nuage d'or au-dessus de la ville tout à l'heure désespérée." Les Très riches heures de l'humanité (1939) L'auteur – tel un merveilleux guide – nous prend par la main et nous fait visiter les couloirs de l'Histoire par la petite porte tout en émettant, de ci de là, quelques commentaires bien sentis : "on reconnaît toujours un génie militaire au fait qu'il se moque des règles ordinaires de la guerre et qu'à un moment donné il substitue l'improvisation créatrice aux méthodes courantes." Les Très riches heures de l'humanité (1939) L'Histoire au travers des yeux de Zweig, prend une ampleur à la fois plus magistrale et plus désespérée : "Mais dans l'Histoire comme dans la vie des hommes le regret ne répare pas la perte d'un instant, et mille années ne rachètent pas une heure de négligence." Les Très riches heures de l'humanité (1939) Et que dire enfin de ses biographies si ce n'est qu'elle sont passionnantes. Ainsi, Marie-Antoinette n'est plus ni un monstre d'égoïsme ni une martyre mais bien tout simplement une femme banale dépassée par son destin ; son histoire en devient par là même à la fois plus humaine et profondément tragique. Une histoire qui nous touche d'autant plus qu'avec son expérience des rapports humains et sa profonde connaissance du sujet, Zweig se permet quelques remarques que n'auraient pas rejeté son ami Freud : "Et les années ne peuvent pas réparer la moindre déchirure dans le tissu extrêmement fin et hypersensible de l'âme. Les blessures du sentiment, les plus profondes, les moins visibles, ne connaissent pas de guérison complète." Marie-Antoinette (1932) Mais la guerre est là et avec elle l'exil en France – le pays ami dont il traduisit les vers de Verlaine et Rimbaud – puis l'Angleterre, les États-Unis et enfin le Brésil où la douceur du climat ne parvint pas à atténuer l'horreur de la nouvelle de l'invasion de la France par les armées de Hitler et la mondialisation du conflit. Fidèle à lui-même, l'artiste décide alors de mettre fin à ses jours. Ainsi s'éteint le 22 février 1942, un auteur honnête jusque dans sa mort, désespéré de voir l'Europe sombrer aux mains des Nazis et vaincu – comme les héros de ses nouvelles – par une sensibilité exacerbée et une passion sans faille pour la liberté de conscience :
"Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux." message d'adieu de stefan Zweig
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Deux excellents sites pour approfondir le sujet : Stefan Zweig : "Les Prodiges de la vie", Editions Le Livre de poche, Collection : Libretti - Code EAN : 9782253140160, Prix : 1,50 € "Amok", Editions Le Livre de poche - Code EAN : 9782253057543, Prix : 3,95 € "Le Joueur d'échecs", Editions Le Livre de poche - Code EAN : 9782253057840, Prix : 2,75 € "Les Très Riches Heures de l'humanité", Editions Le Livre de poche - Code EAN : 9782253130598, Prix : 6,50 €
"Marie-Antoinette", Editions Le Livre de poche -
Code EAN : 9782253146698, Prix : 6,95 €
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