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Le début de ce voyage extraordinaire qui se déroulera sur cinq mois débute avec l'oeuvre qui ouvrit la voie à son succès : "Cinq semaines en Ballon, voyage de découvertes en Afrique par trois anglais". Un jeune dramaturge parisien devient célèbre... "(...) les uns et les autres verront de quel bois était fait ce pauvre jeune homme qu'on appelle Jules Verne." Cette phrase écrite en 1848 à la suite d'une déception sentimentale à l'âge de 20 ans va se révéler prophétique en 1862 lorsque après avoir remanié son premier manuscrit, Jules Verne le présente – par l'entremise de son ami le photographe Félix Tournachon dit Nadar – au grand éditeur parisien Pierre-Jules Hetzel. Hetzel – enthousiasmé - s'attache alors ce jeune auteur en lui faisant signer un contrat qui va les lier plus fidèlement qu'un mariage puisque l'auteur ne quittera jamais la maison d'édition Hetzel passant seulement du père au fils lorsque celui-ci décède en 1886. Ainsi paraît en 1863, "Cinq semaines en Ballon, voyage de découvertes en Afrique par trois anglais". L'engouement pour les aventures de l'éminent Docteur Fergusson - membre de la Société Royale Géographique de Londres - et ses non moins éminents comparses : l'entêté et résolu Dick Kennedy et le dévoué Joe est immédiat et le livre s'arrache à travers l'Europe apportant la notoriété à Verne et la fortune à Hetzel. Ce roman est donc le point de départ des 'Voyages Extraordinaires' qui pendant près de quarante ans vont développer ce nouveau genre : 'le roman scientifique'. Le Roman Scientifique... S'engouffrant dans la brèche ouverte par Edgar Poe, Jules Verne transpose l'intérêt du roman "du coeur à la tête et de la passion à l'idée; du drame à la solution" comme le dirent les frères Goncourt en 1856 et donne ainsi ces lettres de noblesse à la Science par le biais de la Littérature. L'enfant qui décida un jour de ne voyager que par le rêve a une imagination débordante, une mémoire d'éléphant et un sens de l'observation chirurgical, des traits que l'on découvre dans Cinq semaines en Ballon et qui – avec l'expérience et les années – ne feront que s'amplifier permettant à Verne de faire naître le Nautilus ou l'Albatros. L'Afrique : continent de toutes les explorations... Une des réussites du premier roman de Jules verne vient sans nul doute de l'engouement de l'Europe du XIXème siècle pour les expéditions géographiques en général et en Afrique en particulier : "La science a ses héros". Tout ces héros de la Science tels que Livingstone, Burton, Speke, Brioschi, Lussac, Barth, Richardson, Vogel, Denham ou Caillié sont cités à différentes étapes du roman car Verne connaît parfaitement le récit de leurs différentes explorations; Et pour cause, il dévore les bulletins de la Société de géographie et maîtrise parfaitement la science des longitudes et des latitudes : "Nous empiétons, dit-il, sur les découvertes modernes; j'ai repris la piste interrompue des voyageurs; (...) nous allons pouvoir rattacher les travaux des capitaines Burton et Speke aux explorations du docteur Barth;" Le Ballon de nos héros n'est pas une invention de Verne : "gaz Hydrogène (...) c'est celui qui a donné les meilleurs résultats dans les expériences aérostatiques." mais son imagination et sa connaissance des lois de la physique vont permettre à Verne d'inventer un moyen de rendre autonome et maniable le ballon ce qui était impossible en 1862. Le Docteur Fergusson – quant à lui - est l'image même d'un savant d'un nouveau genre, un savant courageux et entreprenant à des années lumières des vieilles huiles de la société française de géographie : "Mais Fergusson se tenait toujours éloigné des corps savants, étant de l'Eglise militante et non bavardante; il trouvait le temps mieux employé à chercher qu'à discuter, à découvrir qu'à discourir." Ainsi l'importance de la Science et de l'exploration des continents – fer de lance des ouvrages de Verne – démarre non pas à pied ou à cheval mais bien dans les airs ce qui permet au docteur Fergusson de survoler les obstacles rencontrés par les savants qui l'ont précédé : "(...) après deux jours de traversée nous avons parcouru par nos déviations près de 500 milles géographiques. Les capitaines Burton et Speke mirent quatre mois et demi à faire le même chemin !" Autre élément 'classique' aux futurs ouvrages de Verne, nos Héros sont anglo-saxons car il ne faut pas oublier qu'en cette fin de XIXème siècle, la Couronne britannique dominait non seulement l'Europe mais aussi le monde entier par le biais des colonies et Jules Verne n'est pas sans ignorer l'importance que les sujets de la Reine Victoria accordent aux savants : "Ah ! si Caillié fût né en Angleterre, on l'eût honoré comme le plus intrépide voyageur des temps modernes, (...) Mais, en France, il n'est pas apprécié à sa valeur." Enfin, on assiste à la fin du roman à la destruction du ballon Victoria, préfigurant ainsi la destruction de tant de créations légendaires de Verne; des créations 'humanisées' par le regard de leur créateur: "(...) le ballon à demi dégonflé, entraîné par un courant rapide, s'en alla comme une bulle immense s'engloutir avec les eaux du Sénégal (...) Le docteur ne put retenir une larme;" Une Nature indomptée qui émeut... Quoi de plus dépaysant que la luxuriance des paysages africains pour un lectorat européens pétri de technologie et de grisaille ! : "C'était toute une ménagerie rare dans une serre merveilleuse, où des oiseaux sans nombre et de mille couleurs chatoyaient à travers les plantes arborescentes". La Nature et les récits de voyages des explorateurs constituent un véritable creuset d'inspiration pour les envolées lyriques d'un romancier poète : "Avec les ténèbres avait éclaté le concert nocturne des animaux , (...) les grenouilles firent retentir leurs voix de soprano, doublée du glapissement des chacals, pendant que la basse imposante des lions soutenait les accords de cet orchestre vivant." De même, l'Afrique reste – à cette époque là – un continent quasi inexploré où s'ébat des animaux fabuleux : "Des bestiaux à grosses bosses pâturaient dans les prairies grasses et disparaissaient sous les grandes herbes; les forêts, aux essences magnifiques, s'offraient aux yeux comme de vastes bouquets;" Ainsi, même si les descriptions scientifiques abondent dans ce premier roman, Verne a l'intelligence d'apporter à ses lecteurs – par le biais d'une Nature tour à tour merveilleuse et cruelle – un dépaysement total et des sensations ignorées : "C'était en vérité une promenade charmante (...) La nacelle (...) semblait fendre des flots, à cela près qu'une volée d'oiseaux aux splendides couleurs s'échappait parfois des hautes herbes avec mille cris joyeux;" Il est pourtant étonnant de noter que si la Nature est objet de respect : "Je ne connais rien de beau comme l'aspect de ces vénérables forêts." la description de la mort des différents animaux tels que le majestueux éléphant ou le couple de lion frise le dédain le plus absolu... on est loin de l'anthropomorphisme du XXème siècle ! Une certaine idée des peuplades africaines... Mais où est donc passé le bon sauvage ? il n'est pas de ce Monde si l'on en croit le XIXème siècle où l'image du 'Nègre' (sic!) est un mélange de stupidité et de barbarie... on est loin d'Atala ! Ainsi lorsque le Victoria est pris d'assaut, Kennedy et Joe croient avoir maille à partir avec 'une troupe de nègre' alors qu'il s'agit de singes mais "De loin, la différence n'est pas grande"... Plus loin, il est même dit que les Africains sont "imitateurs comme des singes". Hélas, cette vision de Verne est malheureusement conforme à ce que pense la majorité des européens des peuplades Africaines que l'on dit cannibales : "Ce qui est malheureusement avéré, c'est la férocité de ces peuples, très avides de la chair humaine qu'il recherche avec passion." Cette terreur du cannibalisme est d'ailleurs largement utilisée par Verne et renforce l'aspect dramatique du voyage des explorateurs : "(...) un sycomore gigantesque dont le tronc disparaissait en entier sous un amas d'ossements humains. Les fleurs dont parlait Joe étaient des têtes fraîchement coupées, suspendues à des poignards fixés dans l'écorce." Ceci nous entraîne à découvrir une facette assez terrifiante de l'auteur qui n'hésite pas à surenchérir dans les descriptions morbides : "Le chef de l'un de ces partis sauvages (...) se précipita sur un blessé dont il trancha le bras d'un seul cou, prit ce bras d'une main, et, le portant à sa bouche, il y mordit à pleines dents." renforçant encore – aux yeux des lecteurs - l'image décadente et primitive des nations africaines, justifiant par là même leur asservissement tant colonial que religieux : "Ce sont des âmes à racheter, dit le jeune prêtre, des frères ignorants et barbares, que la religion seule peut instruire et civiliser." Une image qui horrifie en 2005 mais qui était plus que répandu en 1860 et qui justifia de nombreux massacres... Quelques réflexions sur la condition humaine et la société... Mais ce regard sur Cinq semaines en ballon ne serait pas complet si on en ôtait le dernier aspect cher à Verne : ses réflexions sur la condition humaine et sur le Monde et son évolution. Ainsi, si l'on est à peine surprit de l'entendre exprimer que "(...) les honneurs sont éphémères, et il ne faut pas y prendre goût." ou que "Vois, mon cher Dick, reprit le docteur, ce que peut la puissance de ce métal sur le meilleur garçon du monde. Que de passions, que d'avidités, que de crimes enfanterait la connaissance d'une pareille mine !" qui préfigure les futurs grands 'méchants' de ses oeuvres, on est plus dubitatif sur son "l'homme est un animal si égoïste !". Mais l'homme qui lui qui donna naissance à des héros généreux et compatissants n'est pas aveugle sur les errements de la vieille Europe et ses textes lui permettent d'exprimer – par le biais de ses personnages - un point de vue nettement plus nuancé que ses contemporains dans plusieurs domaines. Ainsi, en comparant les modes de mise à mort des peuplades Africaines avec celles en cours en Europe, il déclare que : ",si la potence est moins cruelle, elle est aussi barbare.". De même au sujet de la guerre et des combattants, il dresse un parallèle entre deux tribus cannibales en train de se massacrer et les excès de tout les militaires du Monde : "Ce sont de vilains bonshommes ! dit Joe. Après cela, s'il avaient un uniforme, ils seraient comme tous les guerriers du monde." La représentation primitive des peuplades Africaines est aussi nuancée par l'attitude de Joe et de Dick qui régressent au stade animal lorsqu'ils retrouvent de l'eau après avoir cru mourir de soif : "(...) et l'on entendit plus que ces clappements de langue des animaux qui se désaltèrent." Enfin, Verne – du haut de ses 34 ans – reste aussi lucide sur le développement des technologies liées à l'électricité et aux découvertes scientifiques : "A force d'inventer des machines, les hommes se feront dévorer par elles !"... un constat plus qu'actuel pour un auteur alors au tout début de sa carrière... Jules Verne, "Cinq semaines en Ballon, voyage de découvertes en Afrique par trois anglais", Editions du Livre de poche - Code EAN : 9782013211437, Prix : 5,50 € Aussi disponible aux éditions Omnibus dans le recueil : "Les romans de l'air" - Code EAN : 9782258057890, Prix : 22,50 €
![]() Un hommage est rendu sur le thème de cet ouvrage au parc de la Hotoie à Amiens du 20 au 22 mai et s'intitulera : 'Voyage en ballon'
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