Panorama du Livre - Auteur: Bernard Clavel, Mars 2005, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Autours d'un auteur : Bernard Clavel
Mars 2005

Bernard Clavel : "Malataverne" - Editions Robert Laffont Pocket, EAN: 9782266092784
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Malataverne de Bernard Clavel : Autopsie d'une chute

Bernard Clavel, un nom qui évoque une succession d'ouvrages au parfum du terroir qui ont marqué des générations de lecteurs : la série des "Colonnes du Ciel", celle de "La Grande Patience", celle du "Royaume du Nord" sans oublier une multitude de récits et de romans pour la jeunesse ; et parmi eux, un petit livre dont le titre sonne comme une malédiction : "Malataverne".

Bernard Clavel : un témoin de nos campagnes

"Mon expérience est celle d'un homme qui s'est battu et se bat pour vivre ; qui voit des gens sans cesse aux prises avec des problèmes." *1

Bernard Clavel est né au coeur du Jura, à Lons-le-Saulnier, une région réputée pour ses fromages, ses vins et sa Nature rude et verdoyante.

De son enfance dans cette région de montagnes et de forêts auprès de parents boulangers, il gardera dans ses écrits la force et l'âpreté d'une vie gagnée à la sueur de son front où rien – jamais – n'est acquis.

Ses moments d'évasions il les puisera au coeur de ses rêveries, de ses balades en forêt, et en écoutant les récits des oncles, tantes ou voisins venus le soir "manger la soupe" à la table familiale.

Mais très vite, à 14 ans, il quitte l'école et entame la rude vie d'apprenti chez un Confiseur : deux ans d'exploitation et de colère rentrée et soudainement, la découverte de sa mère dans une malle abandonnée : l'intégrale de Victor Hugo !

Pour cet adolescent solitaire qui s'essaie difficilement à l'écriture de poèmes tout en vivant un quotidien d'esclave, ces livres vont représenter le paradis perdu... et le début d'une grande aventure, celle de l'écriture qui le poursuit jusqu'à aujourd'hui avec le succès qu'on lui connaît : plus d'une vingtaine de prix littéraire, un prix Goncourt en 1968 pour "Les fruits de l'hiver" et plus de quatre-vingt dix livres publiés !

Véritable autodidacte (sa mère corrigeait ses premiers écrits) , son besoin de raconter des histoires le poussa toujours plus loin sur les chemins du monde : près de quarante deux déménagements en cinquante ans; et cet éternel voyageur ramena toujours dans ses bagages les récits à la fois réalistes et émouvants des habitants qu'il y côtoyait et de la Nature qui y abondait.

On le connaît taciturne et prolifique mais il est aussi pacifiste et populaire, n'hésitant pas à démissionner du Goncourt en 1977 car il n'avait plus le temps de se consacrer à la grande oeuvre de sa vie : être un témoin fidèle de la vraie vie celle qui rime parfois avec la joie, souvent avec la tristesse et toujours avec la lutte âpre pour la survie...

Malataverne : témoignage d'une chute

"(...) on n'a jamais le droit de juger, mais toujours le devoir de comprendre. J'écris pour essayer de comprendre." *2

Si Bernard Clavel fut littéralement épique dans ses deux séries "Les colonnes du Ciel" et "Le Royaume du Nord", c'est à travers un petit roman qu'il écrivit en 1959 : "Malataverne" que la quintessence de son style : à la fois simple, direct et profondément humain se sublime. Un style qui – sans avoir l'exubérance de Giono – en a l'égale justesse de ton.

C'est tout d'abord l'omniprésence de la Nature qui frappe; une Nature toujours sublime et largement humanisée : "(...) puis le vent parut se reposer un instant. Le silence fut presque parfait, un peu inquiétant. Enfin, le bois s'ébroua, les sapins ondulèrent et le bruit reprit." p88.

Chez B.C., la Nature prend pleinement part à l'histoire, témoin des méfaits et des espérances : "La nuit autour d'eux se remit à vivre" p25, "la nuit vivait" p154.

Les caprices de la Nature font ici écho au déroulement de l'intrigue, montant en un crescendo lent et capricieux vers une issue sombre et fatale : "La lune courait toujours dans une grande déchirure du ciel cotonneux." p163.

Commencée entre chiens et loups "la vie du jour s'était endormie et celle de la nuit s'éveillait lentement." p20, le roman s'achève au coeur des ténèbres et du silence "Il court tout droit vers la nuit." p181 tandis que l'ultime journée de réflexion de Robert n'est jamais plus qu'un jour blafard qui hésite entre pluie et soleil.

A l'instar de la Nature, Robert pèse le pour et le contre entre lâcheté et honnêteté dans un face à face douloureux face à sa conscience.

Robert est seul. Contre lui il y a la mort de la mère et l'abrutissement du père dans un travail servile et pourtant essentiel à leur survie à tous deux, décrit avec une économie de mots où l'émotion est si bien rendue qu'elle est palpable : "Malgré le capot fermé, malgré les années, il voit tourner la roue luisante, vibrer le pied-de-biche qui pousse le tissu... le tissu où des mains se sont posées." p122

Tandis que Christophe et Serge sont motivés par l'argent facile et l'oisiveté Robert ressent tout ce que ce geste a de définitif et d'injuste mais n'ose s'affirmer devant ses deux compères qui, déjà, le traitent de 'bouseux' : "tu finiras sans doute au cul des vaches avec ta gonzesse qui pue la bouse !" p117

Quelle est donc difficile à prendre - pour cet adolescent de quinze ans - cette décision qui scellera son destin : plombier ou meurtrier...

Et lorsque soudain, dans un sursaut de vie, cet homme-enfant réclame de l'aide, aucun adulte n'est là pour lui répondre, personne ne le prend au sérieux "veux-tu bien me fiche de le camp. Ça na pas mis les pieds à l'église depuis des années et ça viendrait réveiller M. le Curé pour des histoires de poivrot." p160

Si ce n'est son amour d'enfance, la jeune Gilberte à qui il s'accroche comme à une bouée de sauvetage... si fragile.

Mais Malataverne porte en elle le malheur et le drame éclate terrible et sans retour en arrière possible pour un adolescent brisé auquel aucune chance de s'expliquer ne sera donnée "je voulais pas... non, non, je voulais pas..." p186.

La boucle est bouclée, Malataverne a reçut le prix du sang et des larmes d'un adolescent mal-aimé. Récit de la chute d'un ange plus que récit d'un meurtre, "Malataverne" est un texte rude et fort qui ne laissera personne indifférent. Bernard Clavel prend ici – comme dans la majorité de ses écrits – le parti du plus faible sans en omettre ni la violence, ni le désir de vie.

Un site entièrement dédié à Bernard Clavel : http://www.bernard-clavel.com

Bernard Clavel, "Malataverbe", Editions Robert Laffont Pocket - Code EAN : 9782266092784, Prix : 2,90 €

*1 : Bernard Clavel à Adeline Rivard, dans "Bernard Clavel, qui êtes-vous ?"
*2 : Bernard Clavel à Josette Pratte, dans l'avant-propos de "Malataverne"




Béa - bea@panoramadulivre.com
Mars 2005

Auteurs

  • Jacques Danois
  • Bernard Clavel
  • Laurent Gaudé
  • Alice Ferney
  • Marc Levy
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