Panorama du Livre - Victor Varjac: La page du poète, Février 2005, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Victor Varjac : La page du poète
Février 2005

Dixième volet de notre espace Poésie présenté par Victor Varjac.

Véritable 'artificier du verbe' créateur de la "Fronde des Poètes", animateur sur Canal 40 de la seule émission française consacrée à la Poésie, Victor Varjac est – entres autres – l'auteur de recueils de Poésie tel que "La chair du néant", "Les amants du silence", "Fleurs sauvages" ou encore "Les portes du Chaos" (joué à Paris en 1993). A propos de Victor Varjac...

"Anthologie de la poésie érotique française" - Fayard, EAN: 9782213621340
40 

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L'Anthologie de la poésie érotique française
ou l'aventure secrète et lumineuse du plaisir

Jean-Paul Goujon nous propose une "Anthologie de la poésie érotique française" parue chez Fayard. Heureusement, cet ouvrage très original ne constitue pas "une anthologie de plus" mais ajoute, au delà des répétitions et de la monotonie des compilations, (sempiternelles reproductions des œuvres trop souvent citées), par des pièces rares, parfois anonymes, des chansons populaires, une somme tout à fait surprenante qui souligne l'omniprésence de la poésie à travers les siècles et les mœurs.

Prés de 1000 pages s'ouvrant sur une "préface-guide" de l'ouvrage, suivie d'un saut dans le passé : "une histoire de la poésie érotique française". Ces 130 pages permettent au lecteur attentif et curieux d'effectuer un tour d'horizon de cette poésie qui approche les régions les plus secrètes de l'homme.

La poésie étant la plus haute, la plus admirable forme d'expression que puisse prendre la parole humaine, les sentiments les plus obscurs, les plus enfouis ne pouvaient entrer dans notre langage que par la voie du poème. Car, ne l'oublions pas, sous l'habit des mots se cache l'image dont l'existence perdure dans le monde émotionnel de nos êtres. Ces images nées de la puissance étonnante du verbe souligne et parfois soulève des loquets que nous ignorions. C'est sans doute pour cette raison que l'érotisme magnétise le lecteur au delà des mots. Le poète Robert Desnos n'a t'il pas écrit à ce propos "l'érotisme est une science individuelle !".

En ouvrant ce livre, on s'aperçoit que l'ordre chronologique habituellement adopté est remplacé par de petites rubriques thématiques qui embrasse tout de même huit siècles d'histoire. Un grand nombre de pièces anonymes émaille ces pages étonnantes, car Jean Goujon a voulu tirer de l'ombre des poèmes relégués dans "les oubliettes des éditions" ou dans l'ombre creuse des bibliothèques !

La quasi totalité des auteurs sont des hommes. L'auteur nous explique que suivant ses critères de sélection (ne retenir que des poèmes libres) "il n'existait pratiquement pas" sauf à notre époque "de poésie franchement érotique écrites par des femmes". "Là aussi, il faut insister : Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Renée Vivien et bien d'autres encore, ont certes écrit des vers brûlants et quels ! Mais qui ressortissent à la grande poésie amoureuse bien plus qu'à la poésie érotique.", ce qui signifiait que les femmes "dédaignent le mot cru, l'allusion franche, l'évocation physique trop précise ?".

On trouve des exemples qui entreraient dans cette anthologie, surtout dans la seconde moitié du XXème siècle, mais cet espace chronologique n'est pas inclus dans cet ouvrage qui s'arrête en 1940. Le nom de l'auteur, ou la mention "anonyme", et la date se trouvent sous chaque poème avec une note renvoyant aux références bibliographiques qui se trouvent en fin de volume.

Les poèmes retenus sont reproduits, dans la mesure du possible, dans leur première version éditée.

N'oublions pas la part du comique qui joue le rôle d'exorciste, tout en soulignant l'aspect subversif et récurant du poème. Le rire, surtout lorsqu'il est provocateur est dangereux, car il bouscule et brise les frontières de la conformité. Irréversibles et piquants, ces poèmes frappent notre mémoire et traversent le temps. Le langage pittoresque que l'on trouve dans les chansons du XVIème et du début du XVIIème, prouve la richesse, "la frénésie lexicale" de ces époques qui disparaîtront peu à peu avec la naissance, puis le triomphe du classicisme.

Du XVIème au XVIIIème siècle, certains auteurs parodiaient des airs célèbres et innocents... et ces nouvelles chansons, oubliées de nos jours, provoquèrent le rire et la bonne humeur, berçant ainsi bien des générations.

De la chanson aux airs d'opéra à la mode, il n'y avait qu'un pas, rapidement franchi. La version crue, joyeuse et libre, divertira pendant des décennies, le peuple qui ne cessait de les fredonner.

La vie des ces œuvres érotiques dépend de l'époque où elles apparurent. On les cachera sous Louis Philippe ou Mac Mahon, tandis qu'un plus grande liberté d'expression s'établit sous Henri II ou Louis XV.

Cachée ou au grand jour, la poésie érotique constitue une composante essentielle et jamais interrompue de notre société.

Comment pourrions-nous supprimer ce qui est l'expression d'un besoin indispensable à la nature humaine ? Malgré les siècles, il n'existe toujours pas de réponse… et c'est sans doute heureux.

Anthologie originale, particulièrement intéressante qui retiendra les curieux, les érudits, les lecteurs désireux de pousser une porte secrète, celle de l'histoire des hommes éternelle et brûlante...

"Je ne savais pourquoi mon vit, plein de colère,
Entrant la tête haute en un endroit si noir,
En bonne intention d'un généreux devoir,
En ressortait si flasque, impuissant à rien faire.

J'implorais vainement Cupidon et sa mère;
Immobile et confus, sans force et sans pouvoir,
J'était comme un perclus qui ne se peut mouvoir,
Et ma marche semblait celle du dromadaire.

Mais je suis bien instruit du sujet à présent;
Ce n'est pas sans raison que mon vit était lent :
Il faisait un voyage où la paresse est bonne.

Par l'ordre de l'Amour, qui gouverne mon sort
Et dont la volonté plus que jamais m'étonne,
Cet aveugle ministre allait quérir la Mort."

Pierre-Corneille Blessebois, 1676

Jean-Paul Goujon, "Anthologie de la poésie érotique française", Fayard - EAN : 9782213621340, Prix : 40 €


Friedrich Hölderlin : "Poèmes fluviaux" - Laurence TEPER Editions, EAN: 9782952044252
15 

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Friedrich Hölderlin, anthologie des poèmes fluviaux ou la vision du sacré

La nature cache, depuis la nuit des temps, les secrets qui nous composent et c'est par elle et à travers elle que la sensibilité du poète frôle parfois l'étoffe de la lumière.

La vie de Friedrich Hölderlin, sa quête et ses énigmes, toutes ces composantes se retrouvent dans ces chemins liquides qui traversent, comme le parchemin des songes, nos paysages intérieurs.

La belle anthologie des poèmes fluviaux parue aux éditions Laurence Teper, traduite et présentée par Nicolas Waquet, enrichie d'une solide post-face, nous fait découvrir le poète, sans doute l'un des premiers romantiques, sous le signe ancestral de l'eau, où se mêlent le voyage et le temps.

Hölderlin sera toute sa vie à la recherche de l'harmonie du monde sous toutes ses formes : "Tout est perdu lorsqu'est perdue l'unité, l'amour universel et sacré" (lettre à son frère Karl - Pléïade p996 Trad Denise Naville).

Les fleuves incarnent donc ce voyage qui permet à l'homme de remonter à la fois le temps du monde et le temps individuel. La marche du Poète dans la ténébre des incertitudes, traverse le drame quotidien des hommes, pour rencontrer l'insoutenable regard de cette vérité qui consume les visages téméraires ou impurs, car la pureté demeure attachée à l'image des fleuves. La source coule en sa virginité jusqu'à l'aventure de l'océan.

Chaque fleuve mêle son histoire à la vie du poète, ainsi le Rhin conserve dans ses flancs, l'enfance d'Hölderlin; les bords du Main à Francfort, se souviennent de l'idylle avec Suzette Gontard; la Garonne, impétueuse et vive, "fit chanceler son esprit", enfin le Neckar accompagne ses quarante années de folie.

Ses poèmes sont d'une simplicité admirable. Le vocabulaire utilisé est restreint et le résultat est d'autant plus merveilleux.

Il règne une sorte de magie du verbe, une musicalité inconnue, surgie du plus profond de l'être et qui, comme l'eau sauvage, chante sous le dais du ciel.

Notre poète s'inscrit parfaitement dans son siècle, où ses contemporains, Schiller, Goëthe, Jean-Paul, édifient l'univers de leurs désirs, à partir de la Grèce antique sous les traits de leur imagination. Hölderlin se démarque alors en s'appropriant le mouvement philosophico-poétique qui transforma la vie spirituelle de cette nation en nourrissant son œuvre de cette vision antique. Cette approche singulière ne pouvait exister qu'à travers cette poésie liquide qui se glisse en chacun de nous.

Ces fleuves sont les passeurs de l'aventure humaine, les liens indispensables qui permettent les échanges commerciaux et culturels, le langage des songes et le couronnement qui porte la pensé par delà le temps et l'espace.

Cette anthologie fluviales irrigue sans doute quelques uns des plus beaux vers, des plus grands poèmes de cet artiste qui, enfant, au milieu de ses jeux, aperçut le fleuve et dit "un sentiment sacré frémit dans tout mon cœur…je murmurai: il faut prier !"

"Maintenant viens, Feu !
Nous sommes avides
De voir le jour,
Et quand l'épreuve
Est passée au travers des genoux,
On peut percevoir les cris de la forêt.
Mais nous chantons depuis l'Indus
Venus de loin et
De l'Alphée, longtemps
Le Destiné nous avons recherché,
Non, sans ailes, nul ne peut
Saisir le proche
Directement
Et passer sur l'autre rive.
Mais c'est ici que nous voulons bâtir.
Car des fleuves défrichent
Ce pays. Quand en effet des herbes poussent
Et qu'y viennent
En été boire les bêtes,
Alors y vont aussi les hommes."

Friedrich Hölderlin, "Poèmes fluviaux", Anthologie traduite et présentée par Nicolas Waquet, Laurence TEPER Editions - EAN : 9782952044252, Prix : 15 €

On pourra également consulter
Hölderlin, "Œuvres", La Pléïade Gallimard - EAN : 9782070102602, Prix : 44,21 €



Victor Varjac
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