Panorama du Livre - Victor Varjac: La page du poète, Janvier 2005, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Victor Varjac : La page du poète
Janvier 2005

Neuvième volet de notre espace Poésie présenté par Victor Varjac.

Véritable 'artificier du verbe' créateur de la "Fronde des Poètes", animateur sur Canal 40 de la seule émission française consacrée à la Poésie, Victor Varjac est – entres autres – l'auteur de recueils de Poésie tel que "La chair du néant", "Les amants du silence", "Fleurs sauvages" ou encore "Les portes du Chaos" (joué à Paris en 1993). A propos de Victor Varjac...

Jean Cocteau, André Verdet, Eric Melis : "Montagnes marines - Conte" - Melis Editions, EAN: 9782914333757
22 

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André Verdet ou la naissance d'une légende

"Il est mort le poète", comme dit la chanson, et la disparition d'André Verdet, à l'âge de 91 ans, à son domicile de St Paul de Vence, le dimanche 19 décembre 2004 à 23 h 30, nous laisse une plaie béante, déchirure du cœur et de l'esprit que seul le souvenir pourra peut-être contenir.

Comment présenter "l'artiste pluriel", ce "Léonard de Vinci du XX ème siècle", sans parler de toute une époque immortalisée par les plus grands maîtres ?

Notre "touche à tout des arts" a vu le jour le 4 août 1913 en la bonne ville de Nice .

Jean Giono l'initia à la magie de l'écriture, Jacques Prévert aux métamorphoses de la poésie et Pablo Picasso au charme de la peinture. Avec de tels amis, il devint tout naturellement cet "artiste pluriel" qui nous a enchanté pendant près d'un siècle et que l'on ne cessera de découvrir dans les décennies à venir.

Son hypersensibilité lui ouvrit la porte magique qui donne accès à ce monde invisible et mystérieux dont nous sommes habités. Sa quête picturale et poétique le mena tout naturellement vers l'astronomie, car dans le secret des étoiles se trouve notre naissance. Il voulut tout voir, tout connaître, élargissant encore sa palette en découvrant la céramique, se passionnant pour la musique, sans oublier les sciences.

André Verdet put alors confronter ses intuitions, ses méditations poétiques, à la raison mathématique et bien souvent il existait une passerelle, un trait d'union entre l'élan intérieur et certaines découvertes scientifiques.

Les théories étaient rejointes, parfois dépassées par l'observation de l'univers à travers la présence de l'âme.

On peut dire, sans se tromper, que cet artiste a su réconcilier l'émotion avec le savoir rationnel. Le désir de comprendre et de participer à cette grande aventure humaine fut pour le poète une nécessité, celle de l'équilibre dans la fulgurance, et de l'œuvre d'art émergeant dans les bras du nombre d'or !

Résistant de la première heure, il fut arrêté par la Gestapo en Février 1944 avec son compagnon de lutte et son frère en poésie : Robert Desnos.

Déporté à Auschwitz puis à Bückenwald, il rencontra dans cet enfer Jorge Senprun et Marcel Paul. Dès 1945, paraît une anthologie des poèmes de Bückenwald.

En 1947, il publia un recueil "Les jours, les nuits et puis l'aurore", et dans un roman largement autobiographique "La nuit n'est pas la nuit", mémoire de sa captivité, dans lequel il nous parle, entre autre, de son ami Robert Desnos, qui réconfortait les prisonniers que les nazis menaient à la chambre à gaz.

Si nous voulions dresser une liste de tous les artistes que notre poète rencontra, et souvent qui devinrent ses amis, celle-ci tiendrait sur plusieurs pages, car l'aventure d'André Verdet est bien celle de plusieurs générations dont nous ne citerons, faute de place, que Atlan, Brague, Chagall, Cocteau, Fautrier, Léger, Matisse, Miro, César, Eluard, Arman, Klein et nous retiendront également les quelques poètes qui devinrent ses proches : Jean-Marc Natel (compagnon de route d'Aznavour, de Bécaud et de Prévert), Jean Orizet dont André Verdet rédigea la préface pour la réédition des poèmes de jeunesse "Errances", Pierre Delanoé, Bernard Mazo…

L'âge ne parvint pas à ralentir le rythme de ses créations. En 1978, il fonde son groupe musical de Free Jazz "Betelgeuse" proche de son ami Bill Wyman, ex bassiste des Rolling Stones.

Certains de ses poèmes furent mis en musique par Henri Crolla et Stéphane Varègues et interprétés et chantés par Yves Montand et Mouloudji.

En 2002, la SACEM l'honore de son Grand Prix pour l'ensemble des son œuvre qui est immense.

En effet, il a publié plus de 250 ouvrages, poèmes, essais sur l'art et la peinture.

Sa rencontre, dans les dernières années de sa vie, avec Luciano Mélis permirent la découverte ou la redécouverte d'un grand nombre de ses livres. Ce jeune éditeur et ami, passionné d'art et fou de poésie, n'hésite pas à faire paraître de nombreux ouvrages de cet artiste de génie.

Luciano Mélis veilla presque jour et nuit, pendant prés de deux mois le poète alité, qui encouragea jusqu'au seuil de la mort les jeunes artistes qui s'adressaient à lui.

André Verdet tira sa révérence, chez lui, au milieu des tableaux et œuvres d'art des plus grands artistes du XXème siècle.

Deux livres majeurs ont été écrits à ce jour sur cette destinée hors du commun. Le premier consacré au poète, amant des étoiles "Hautes terres solaires – Les Provences d'André Verdet" par Françoise Armengaud (Ed. Mélis) et le second, à l'artiste peintre et sculpteur : "André Verdet ou la parole oraculaire" par France Delville (Ed. Mélis).

C'est une voix majeure de notre époque qui vient de se taire, mais dans le silence, on peut entendre à l'oreille du cœur, celui qui aima tant la vie et les arts et qui, par sa disparition, laisse la place au soleil montant d'une légende.

Ses dernières parutions "Poèmes et Ballades" et "Montagnes Marines"(Ed. Mélis –2004) prouvent, s'il en était besoin, que la lumière avait posé son doigt sur le destin de cet homme d'exception.

"L'espace s'éternise :
Là où pour prendre vie se cachent les étoiles
j'offrirai bien la mienne afin les voir paraître
quel fier moment serait les surprendre au berceau
buvant bouche goulue au sein de l'énergie
balbutiant de lueurs cherchant à correspondre
à trouver centre juste autour duquel virer
à rattraper au mieux les jeunes maladresses
pour se montrer un jour digne d'être soleils
je donnerai mes ans afin les voir grandir
s'épanouir parmi leurs fécondes tribus
et assumer bientôt leur rôle d'éclaireuses
phares du devenir aux cimes du passé."

André Verdet

André Verdet, "La nuit n'est pas la nuit", Editions Mélis - Code EAN : 9782914333005, Prix : 150 FF

André Verdet, "Montagnes Marines", Editions Mélis - Code EAN : 9782914333757, Prix : 22 €

France Delville, "André Verdet ou la parole oraculaire", Editions Mélis - Code EAN : 9782914333188, Prix : 18 €

André Verdet, "Le dit du loup", Texte bilingue Français – Italien, Traduction Luciano Mélis, Illustration Nadine Vivier de Wilde - Code EAN : 9782914333218, Prix : 23 €

Françoise Armengaud, "Hautes Terres Solaires, Les Provences de Verdet", Editions Mélis - Code EAN : 978291433320X, Prix : 23 €


Philippe BESSON : "Les jours fragiles" - Editions Julliard, EAN: 9782260016410
18 

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Les jours fragiles ou la naissance d'une âme

Voici un livre rare où le retour de l'enfant prodigue va bouleverser la vie rude et austère d'Isabelle, sœur du poète rebelle. Dans ce huis-clos, sans cesse à la frontière de la rupture, coule une lave admirable, celle qui engendre et anime les sentiments les plus profonds et les plus vifs que l'homme semble capable d'abriter.

Tout le monde connaît l'histoire d'Arthur Rimbaud, à la fois, ange et démon, qui brûla sa courte existence au feu de l'impossible.

Dans ce livre, sous forme de journal intime, nous allons vivre des dernières semaines du poète amputé. Dans son carnet de bord, les mots tracés par Isabelle nous plongent au plus profond de nous-mêmes, restituant la ronde infernale où la douleur, l'espoir, l'accalmie et les crises alternent pour éprouver notre résistance au malheur et à l'espérance. Cette "douche écossaise" modifie peu à peu le visage du poète, car on mûrit rapidement au soleil des épreuves entre deux bourrasques sordides.

Que de retenues dans les gestes simples qui s'alourdissent de silences et de paroles muettes, de ces mots jamais prononcés, juste plantés comme des morceaux de verre dans la chair du cœur. La mère demeure sur le seuil de ce drame, persuadée, sans doute, du bien fondé de l'épreuve que traverse son fils.

Tout au contraire, Isabelle cherche à rattraper le temps perdu. L'absence du frère aîné. Elle voudrait fondre les jours en un seul élan, abolir l'espace… pour soigner, guérir et vivre à nouveau.

Bientôt le mal devint un obstacle à l'écriture. La bataille invisible se déroule dans le corps du malade. Le geste, au delà du cri, traverse la tempête effrayante de la maladie pour donner naissance à ce mot de l'âme qui se tient au bord de la chute.

L'intimité se fait plus chaleureuse, plus vraie et Arthur confie à Isabelle, sa quête : Marcher vers cet inconnu où brille une lumière admirable... s'en approcher fut déjà un exploit. Après cet éblouissement, demeure l'inachevé qui s'installe et pèse sur nos actes, comme un reproche et un appel à retrouver encore et à s'unir à cette lumière à la fois inaccessible et si proche.

La dépendance du poète permet à Isabelle des rapprochements qu'elle a toujours espérés mais qui lui furent toujours refusés. Aujourd'hui, une nouvelle intimité, parfois même une complicité, s'instaure entre ces deux âmes.

Tout au long de ces pages, Philippe Besson a su, grâce à son talent, nous faire toucher du cœur cette destruction progressive du corps qui dans le même temps, permettait au soleil de l'âme de se lever.

Une écriture bouleversante, un grand moment de littérature mais aussi un extraordinaire hommage rendu aux poètes, funambules de l'existence, qui marchent dans le vide pour saisir ce monde mystérieux qui nous habite mais que l'on ne connaît pas.

Philippe Besson, "Les jours fragiles", Julliard - Code EAN : 9782260016410, Prix : 18 €


Michèle Desbordes : "Dans le temps qu'il marchait" - Laurence Teper Editions, EAN: 9782952044240

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Dans le temps qu'il marchait
Ou
Le Grand voyage à l'ombre du soleil

Le petit ouvrage de Michèle Desbordes comprend deux parties. Tout d'abord, un texte, assez court, en forme d'esquisse qui permet de découvrir un portrait du poète. Ce prélude est suivi d'un poème narratif qui accompagne Hölderlin dans sa longue marche qui le mènera de Bordeaux à Nürtingen, de la source des jours au seuil de la folie.

En Janvier 1802, le poète obtint la place de précepteur des enfants du Consul d'Allemagne à Bordeaux. On ignore tout de ce séjour de 5 mois. On sait seulement qu'Höderlin quitte Bordeaux début mai pour atteindre la ville de Strasbourg 21 jours plus tard. Il lui faudra plus de 36 jours pour atteindre Nurtingen où il arrive en juillet. Sa mère a du mal à le reconnaître. Son fils semble "frappé par Apollon". A peine arrivé, il apprend la disparition de Suzette Gontard, qu'il immortalisa dans Hypérion, sous les traits de Diotima.

Michèle Desbordes nous entraîne dans cette marche vers l'horizon intérieur où se tient l'ombre, juste dans le dos des couleurs. Une prose hachée de silence matérialisé par des blancs nous restitue la pensée du poète, entre deux images, deux découvertes, deux paysages.

Une marche vers le soleil, le soleil qui brûle jusqu'au fond de l'âme et jette sur les paupières le plomb de l'absence.

La magie des mots, leur disposition, le déroulement des phrases de Michèle Desbordes nous mène au plus près de l'errance de ce poète de génie assiégé par la pierre noire qui délabrera peu à peu son esprit.

Un voyage en prose poétique qui nous donne envie d'entrer plus avant dans le monde mystérieux de ce grand poète, que les Romantiques vont commencer à découvrir car la folie n'a pas pu obscurcir le soleil de sa gloire encore toute neuve.

"Ménon pleurant Diotima :
Tu ne peux pas encore, ô mon âme, non , pas encore
Te résigner, tu rêves au plus froid du sommeil !
Nulle fête… et pourtant je voudrais couronner mon front :
Ne suis-je donc pas seul ? Il faut que de très loin
Me soit venu un signe, et je dois sourire, surpris,
De me sentir ainsi comblé dans la douleur."
Höderlin

Michèle Desbordes,
"Dans le temps qu'il marchait", Laurence Teper Editions - Code EAN : 9782952044240, Prix : 8 €

"Hölderlin, Oeuvres", La Pleïade, Gallimard - Code EAN : 10260-4, Prix : 44,21 €


Roger Bernard : "Ma faim noire déjà" - Seghers Poésie d'abord, EAN: 9782232122477
15 

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Roger Bernard l'ange foudroyé

Les poètes traversent notre monde comme "ces météores aux cheveux de comète". Ils nous éblouissent une fraction de seconde, offrant aux ténèbres nos cœurs orphelins, errant au milieu du labyrinthe aux souvenirs.

Le destin de Roger Paul Bernard, abattu par les nazis, en est un bel exemple.

Né le 11 mai 1921 à Pertuis (Vaucluse), il eut un contact précoce avec l'encre et les mots, l'écriture car son père possédait une modeste imprimerie de cartes postales et d'affiches. Tout naturellement, le fils apprend le métier de typographe et avec la ronde admirable des lettres, entre en poésie. Il vient d'écrire une pièce en alexandrins "Le caprice du sort" ou "L'amant déguisé" qu'il signe sous le pseudonyme Roger Caprice. Nous sommes en 1938 et notre poète vient d'avoir 17 ans.

En 1940, il publie, à compte d'auteur, son premier recueil de poèmes "à l'ombre des cyprès" qu'il signe cette fois Roger Paul Volhy. Le livre commence par cette citation d'Alphonse de Lamartine : "La raison des choses est la tristesse parce que la souffrance et la mort sont le chemin et le but final de tout dans ce monde".

La mort tient une large place dans cette plaquette, pourtant, notre jeune homme joue avec la vie dont il aime les caresses et les sourires. Les âmes sensibles et inquiètes plongent leur regard toujours plus profondément que l'apparence.

Au commencement de 1941, notre artiste tombe amoureux d'une belle jeune fille, Lucienne Alli (qu'immortalisera Henri Matisse). Il lui offre ses poèmes. Pour notre artiste, l'écrivain, le maître, c'est Jean Giono.

Depuis l'été 1939, il se rend à Manosque où il rencontre son maître à penser, qui, de son côté, ne reste pas insensible à cette admirative amitié. "c'était un jeune garçon qui était poète, il aurait pu devenir un très grand poète" confiera l'auteur de "regain" lors de ses entretiens avec Jean et Taos Amrouche.

Le jeune artiste offre au maître sa plaquette "A l'ombre des cyprès". Giono encourage vivement son auteur.

Après huit mois de stage dans les chantiers de jeunesse, il épouse Lucienne. Septembre 1942 voit la mise en place du STO, qui se généralisera dès février 1943 par le truchement d'une loi. Jean Giono accepte de cacher son jeune ami dans une de ses fermes : ce sera le Criquet qui surplombe la route et permet à ses habitants de disparaître dans les bois dés la première alerte.

Durant cette période, Roger Bernard commence un drame allégorique "La hauteur de la nuit" (qu'une revue romaine publiera en 1951). Il prépare un essai "note en marge des mœurs d'Arie Burne" qui traite la naissance du poème. Nous découvrons le poète et son double. Il faut s'armer de patience et "attendre dans la discipline du silence que la forme étrange née de ses doigts imprègne la forme de l'esprit".

Giono ne donne que deux consignes à ceux qu'il héberge : ne pas posséder d'armes et ne pas combattre !

Novembre 1942, fin de la zone libre. Les Allemand occupent alors tout le pays. L'inaction semble peser à Roger Bernard. Il quitte vers l'automne 1943 la ferme de Jean Giono et s'installe, au bord du Calarion, dans un moulin situé sur la route d'Oppodette. Le propriétaire Robert Roux est naturellement un maquisard.

On procure de faux papiers au poète qui rencontre le capitaine Alexandre. Le personnage mystérieux n'est autre, que le poète René Char, qui commande la Section Attérissage Parachutage. Les soldats de l'ombre ont pour mission de ramasser, de cacher et de distribuer les armes que les alliés font tomber du ciel.

Naît alors une intimité poétique et Roger Bernard se sent soutenu, encouragé par cet aîné qui le considère peu à peu comme "un fils spirituel" Lucienne donne le jour à un fils, Alain. Il naîtra à Pertuis, car les femmes donnent la vie, pendant que les hommes s'égorgent, brûlent et violent...

"Roger était tout heureux d'être devenu, dans l'estime de sa jeune femme, le mari qui cachait dieu" confiera René Char, dans ses œuvres complètes. Notre poète achève une brassée de poème libres "En saumure depuis lors" qu'il dédie à René Char : "Je vais vivre/je vis !/je vis/ sur l'éternelle joue vivante de mourir !"

Après le débarquement en Normandie, les Maquis de France entrent de leur phase active.

Le jeudi 22 juin 1944, Roger Bernard emprunte un vélo tout neuf, à son ami Armand, et décide de rouler sur la grande route, lui qui d'habitude passe par les chemins de traverses. Il porte sur le dos, "un beau cartable d'écolier" dans lequel il a glissé un colt.

Le cordonnier Bonalli lui fera un bel étui en cuir qu'il pendra à sa ceinture. Arrêté sur la route par des soldats de Wafen SS, il réussit à avaler son message. Les SS conduisent le suspect à la gendarmerie. L'interrogatoire ne donne rien, Roger Bernard ne parlera pas.

Les soldats le jettent dans un camion qui déroule un à un les lacets en direction d'Apt. Au carrefour de Viens, le véhicule s'immobilise. Les nazis relâchent le poète, en lui intimant l'ordre de rentrer chez lui. Roger Bernard s'éloigne doucement et à la hauteur d'un vieux mûrier , les soldats ouvrent le feu.

Le poète projeté par la gifle des balles, roule sur le sol, à deux pas du mûrier. Il avait 23 ans. "Ne passe pas sous l'arbre/ il pleure une douceur/trop lourde à supporter !". C'est alors que l'éphémère devient immortel et que le poète en expirant nous offre sa lumière...

"Le sommeil a menti
Seule
La présence n'es pas indispensable au suicide
Il faut mourir rebelle à toute chose
Et naître adulte
Avec la dent obscure de son crime !"

Roger Bernard, "Ma faim noire déjà", Seghers, Poésie d'abord - Code EAN : 9782232122477, Prix : 15 €

On pourra consulter également :

René Char, "Oeuvres complètes", Gallimard, Collection la Pléïade - Code EAN : 11065-4, Prix : 53,36 €

Pierre Seghers, "La résistance et ses poètes" - Code EAN : 9782232122422, Prix : 30 €



Victor Varjac
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