![]() |
|
|
| |
| Recherche | |
| BD Livres | |
|
Recherche avancée Mode d'emploi Conditions de vente |
|
|
| |
|
Voir aussi
|
|
|
|

|
Fort heureusement pour un public plus large, le jeune dramaturge s'attelle aussi en parallèle à l'écriture de romans. Après un premier ouvrage sur la grande guerre vue depuis l'intérieur des tranchée : "Cris", août 2002 voit la publication de son deuxième roman "La mort du roi Tsongor" qui le fait plus largement connaître auprès du public; notamment grâce à l'excellent accueil qui lui est réservé en librairie (notre critique de décembre 2002) et à ses deux prix : le Goncourt des Lycéens et le prix des Libraires. L'auteur est prolifique, puisqu'il écrit près de cinq autres pièces de théâtre – dont l'exceptionnel "le Tigre Bleu de l'Euphrate" (notre critique d'octobre 2002), véritable coeur à coeur entre la Mort et Alexandre le Grand – en l'espace de 2 ans jusqu'à la sortie en septembre 2004 de son roman 'du Sud' : "Le soleil des Scorta" qui lui valut le 8 novembre la reconnaissance de ses pairs (notre critique d'octobre 2004). Mais revenons sur le texte lui-même pour essayer de mieux comprendre un tel succès...
"C'étaient les dernières terres inexplorées du continent. Aux confins du Monde. Après cela il n'y avait plus rien que l'océan et les ténèbres." Lire Laurent Gaudé, s'est tout d'abord pénétrer dans un univers bien à lui, fait à la fois de réalisme et d'imaginaire, un monde à part où le conte se taille la part du lion. "La mort du roi Tsongor" ou du "Soleil des Scorta" mettent en exergue le conte initiatique et profondément humain puisque toujours lié à notre temporalité et à ce viscéral besoin de transmission d'une génération à l'autre.
"Demain chacun choisira son chemin. Je le sens, et vous devez le sentir comme moi, plus jamais nous ne serons unis comme nous le sommes aujourd'hui.(...) Que le clan Tsongor existe jusqu'à l'aube. Prenons ce temps-là. Le temps de la vie et du partage." Du théâtre, l'auteur a gardé son sens de la mise en scène. Le décor est planté lentement, presque langoureusement dans ces deux pays du soleil où L.Gaudé situe ses romans. Plus que tout, le Sud attire ce parisien passionné par l'Italie et, en particulier, la région d'origine de sa femme, les Pouilles, une région où la lenteur immuable du temps qui s'écoule sur une terre difficile n'a d'égal que la sobriété et la fraternité d'un peuple de travailleurs pour qui la vie se gagne toujours à la sueur de leurs fronts et pour qui le bonheur ne s'inscrit que dans la fierté d'être eux-même.
"Don Salvatore avait été adopté. On avait aimé sa solennité. Il avait la rudesse de la terre du Sud et le regard noir des hommes sans peur." Son décor amoureusement et symboliquement planté "Un homme poussiéreux et sale entrait dans la maison des Biscotti, à l'heure où les lézards rêvent d'être poissons, et les pierres n'y trouvèrent rien à redire." Le soleil des Scorta p.18, l'auteur revient vers son intrigue par le biais de phrases subtiles à la fois poétiques et aisément comprises par n'importe quel lecteur afin que, peu à peu, ensorcelé par son narrateur et l'atmosphère envoûtante du récit, nous ne puissions plus rien faire que de lire jusqu'au bout l'histoire de ces hommes et de ces femmes ballottés par le destin.
"Mais il fallait faire honneur à Raffaele et Giuseppina. Et pas seulement à eux. A la vie également qui leur offrait ce banquet qu'ils n'oublieraient jamais. On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d'avidité goinfre.(...) Comme si le pire était à venir" Un symbolisme fort, archétypal, on pourrait même dire Jungien est présent dans chacun de ces deux derniers romans à la fois à travers la figure paternel, la quête initiatique ou dans le désir de transmission. Dans la mort du roi Tsongor, c'est avec jubilation que L.Gaudé mêle à ce symbolisme des éléments tirés des mythes grecs qui renforcent le côté 'iliaque' du roman. Un symbolisme qui résonne en chacun de nous et nous aide à nous sentir en empathie avec les héros.
"...sept tombeaux comme les sept visages de Tsongor.(...)Et les sept tombeaux réunis diraient ce qu'étaient Tsongor." A tous ces éléments, l'auteur a ajouté son don de l'observation et de la rêverie. Rien d'étonnant à cela lorsque l'on apprend que l'homme en question affectionne les voyages en trains et en bateaux car le temps du voyage représente déjà en lui-même un voyage en soi, un roman qui s'éveille à la vie...
"Souba poursuivait son chemin à travers le royaume.(...)Heureux de n'avoir rien d'autre à faire, dans ces instants, que de contempler le monde et se laisser envahir par sa lumière." Les romans de L. Gaudé nous parlent, nous touchent car pétris de mythologie, de fantasmes et d'exotisme. Le souffle de l'épopée et la grandeur d'âme des êtres humains aux prises avec le destin "Culs-terreux au sang pur"résonnent aux travers de ses pages et nous renvoie l'image d'une humanité fière, violente et vengeresse autant que brave, compatissante et généreuse.
"Il était impossible que tu partes. Lorsque le soleil règne dans le ciel à faire claquer les pierres, il n'y a rien à faire. Nous l'aimons trop cette terre. (...) Nous sommes nés du soleil,(...) nous sommes les mangeurs de soleil." C'est certainement pour quelques-unes de ses raisons et certainement des milliers d'autres qu'en l'espace de quelques pièces de théâtre et de trois romans, Laurent Gaudé s'est hissé à la hauteur des plus grands avec une modestie rare et un talent certain et que, c'est désormais avec impatience, que le grand public attendra la parution de sa prochaine création littéraire.
![]() La photo vient de : http://www.atelier-n89.com/html/gaude.php
|
||||||||||