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Véritable 'artificier du verbe' créateur de la "Fronde des Poètes", animateur sur Canal 40 de la seule émission française consacrée à la Poésie, Victor Varjac est – entres autres – l'auteur de recueils de Poésie tel que "La chair du néant", "Les amants du silence", "Fleurs sauvages" ou encore "Les portes du Chaos" (joué à Paris en 1993). A propos de Victor Varjac...
"Christiane et Goethe" n'est pas un livre de plus sur Johann Wolfgang von Goethe (Francfort sur le main 1749-Weimar 1832) mais un ouvrage indispensable à la compréhension de ce génie universel au destin exceptionnel. Ce que nous propose Sigrid Damm, est une sorte d'enquête au quotidien sur la vie et l'œuvre de l'écrivain, poète dramaturge et savant. "Voilà un homme !", disait de lui Napoléon. Cet homme-là, appelé à Weimar par le grand duc Charles Auguste, devint conseiller de légation (1776), conseiller secret (1779), puis ministre avec anoblissement en 1782. Il s'éprit d'une jeune femme du peuple, Christiane Vulpius, fille d'un obscur bureaucrate. Cette "union libre" fit scandale dans la haute société de Weimar et isola le poète de certaines fréquentations et amis. C'est donc l'histoire de cette liaison, entre l'artiste et Christiane (qui lui donna 5 enfants dont un seul survécut), qui nous permet, au fil des pages, de pénétrer dans l'intimité de ce poète. Nous découvrons un homme en proie aux interrogations, aux tiraillements, qui freinent, ou au contraire accélèrent ses expressions artistiques. Christiane est une compagne et une épouse dévouée jusqu'au sacrifice. En 1806, après 18 ans d'amour libre, Goethe épouse, celle qui, malgré les regards hostiles de la société de Weimar, fut sa muse et sa maîtresse parfois sa confidente. Véritable "enquête biographique", ce livre nous révèle, grâce à de nombreux inédits, un artiste inconnu, qui devait jongler entre ses obligations ministérielles, ses travaux scientifiques et son ardeur poétique. L'équilibre, souvent précaire, nous apprend un autre quotidien en nous permettant de "toucher" par la petite porte, la pensée de ce génie humain. Une biographie incontournable. "Et en apprenant qu'il a achevé "La fiançée de Corinthe", elle répond : " j'ai bien pensé que tu aurais de nouveau achevé quelque chose, il faut toujours que mon trésor soit assidu au travail. Mais je croyais que tu ne commencerais rien de nouveau, que tu verrais peut être que le poème est fini, et que pendant un moment tu ne ferais plus rien, car c'est quand même un peu trop fort et à la fin que ça pourrait aussi te faire du mal." ". Sigrid Damm (traduit de l'allemand par Nicole Casanova), "Christiane et Goethe", Actes Sud/Solin - ISBN 9782742745955, 29 euro On peut également consulter : Marie-Anne Lescourret : "Goethe la fatalité poétique" chez Flammarion, EU : 2523-99-1, 170 FF
Goethe Schiller, Correspondances, Editions: Gallimard
Goethe, Oeuvres complètes :
Bernard Hreglich passa dans notre temps presque aussi discrètement qu'un nuage dans le ciel. Poète patient et attentif, il attendit pour publier et ce n'est qu'à trente quatre ans qu'il proposa son premier recueil "Droit d'absence". Cet ouvrage reçut le Prix Max Jacob. Artiste discret, son écriture se tient en dehors des courants et des modes. C'est à partir de la planète poésie qu'il parle de notre monde… de sa cruauté, de ses erreurs, de ses manquements, sorte de distance mise entre ce quotidien terrestre et l'artiste. Une terrible maladie, la sclérose en plaque, l'immobilise et l'isole progressivement. Heureusement, il reste l'écriture, voie royale qui mène des ténèbres à la lumière. Bernard Hreglich adresse alors à Gallimard un manuscrit "Un ciel élémentaire" que l'éditeur publie en 1994. Cette parution obtint le Prix Mallarmé. C'est sans doute son recueil le plus accompli, comme si face à l'urgence, il fallait dire, tout dire, témoigner. Rendre le geste possible malgré les clous de la maladie. Cette poésie contient une force admirable et baroque qui nous entraîne bien loin de la pièce close où le patient lutte avec un ennemi aussi vorace qu'invisible. Le poète dénonce cette société moderne qui légalise le meurtre, la violence et banalise les guerres et leurs démons. Une sorte de lassitude morale et physique se fait jour çà et là. Sans pouvoir lui dessiner un visage, on sent la maladie perverse qui ronge avec une patiente cruauté le fil rouge du poète. Est-ce donc pour cela que cet artiste s'en prend à la femme en l'accusant de perfidie ? La solitude entre parfois dans les mots et la cruauté peut aussi l'accompagner. L'artiste repousse toujours les limites, c'est la raison pour laquelle, notre poète entreprend d'écrire un nouveau recueil. Un dernier cri avant le naufrage. "Autant dire jamais" paraîtra chez le même éditeur (Gallimard), mais Bernard Hreglich n'aura pas eu la joie d'assister à cette nouvelle naissance. Il disparaît sans bruit en août 1996, loin du fracas du monde et des médias. Dans ce recueil, le poète cherche, avec des mots tranchants, à marquer les jours impunis d'une balafre de lumière. La souffrance est présente et, même si elle porte un masque, nul ne peut s'y tromper. "Autant dire jamais" ressemble à un pied de nez que le poète adresse au destin, une sorte de défi par dessus l'épaule de cette crucifixion. Alors, avant de partir, l'artiste regarde et retrouve le sentier qui mène à l'enfance. Bernard Hreglich plonge son corps dans cette source de jouvence. Le lecteur semble écartelé entre la violence du verbe que le poète lance à la face de la société et ce monde admirable de tendresse et de pureté que constituent les premiers pas de l'homme au pays de l'enfance. Deux recueils admirables et poignants. De la grande poésie.
"Un ciel élémentaire" : Bernard Hreglich, "Un ciel élémentaire", Editions : Gallimard, ISBN : 978207073675X, 16,01 euro
Bernard Hreglich, "Autant dire jamais", Editions : Gallimard -
ISBN : 9782070745848, 16,77 euro
C'est une découverte admirable lorsqu'un recueil de poèmes vous 'tombe entre les mains'. Cette émotion, déjà vive, saisit votre âme par les ailes lorsque vous apprenez que l'auteur vient de quitter ce monde. On ouvre alors ce livre avec respect et inquiétude, un peu comme si votre regard poussait, à voix basse, la porte inconnue qui mène à l'audience du temps. Les mots, encre séchée sur du papier, portent le visage du poète disparu. On s'aperçoit que ce recueil ressemble à un panier dans lequel on a glissé, "presque" par hasard, la somme d'une vie trop brève. Jackie Simon n'eut pas la joie de voir cette édition. Elle nous quitta, laissant, pour nous consoler, vingt ans de poésie. L'auteur nous entraîne dans un monde où "les paroles d'absence" ont pris la forme d'arbres, de saisons ou d'îles perdues et retrouvées. Un verbe, à la fois délicat et puissant, donne accès à un vers, simple, presque nu, mais dont le pouvoir change l'alphabet en paysages ! La surprise est chaque fois au rendez-vous. La transparence que nous propose l'artiste n'existe que pour mieux nous égarer, c'est à dire nous mener plus promptement à la source même de nos émotions les plus intimes, les plus secrètes. Chaque page contient la magie de la confidence et le partage du sang. Echo de nos mirages et de notre quête intérieure, ces poèmes jettent les bras d'un pont qui joint l'imaginaire aux pas de notre quotidien.
"Parfois dans l'écho de tes murs tu croises ton ombre.
Jackie Simon, "Paroles d'absence", Editions: HB Editions -
ISBN : 9782911406834, 10,67 euro
Avec "L'homme d'abord", Manoëlle Miquel-Regnauld lance un magnifique et terrible pavé dans la mare. Le poète n'est plus dans une mansarde entre la misère et la muse. Non, le poète aujourd'hui regarde la société droit dans les yeux. Il vit dans la cité. A ce titre, il se doit de prendre position et c'est ce que fait, par le truchement de cet ouvrage, notre poète. "J'ai eu mal à mon siècle" confie l'artiste au lecteur. Comment demeurer impassible face à tant d'injustices, de cruautés, d'erreurs, de massacres... La première de couverture annonce clairement, par la reproduction d'un tableau de E. Pesatori, (la mort du taureau) le message contenu dans le livre. Tour à tour, poèmes, réflexions, cri de révolte, requiem, poing tendu ou mains offertes, crucifixion, yeux bandés, le poète ne reste jamais neutre. Il hurle la vie plus fort que la mort. L'homme se retrouve alors face à lui-même. Il voit se dresser devant lui les monstres et les horreurs qu'il a pourtant engendrés ! Comment peut-on, comment va t'on vivre sur une telle planète qui possède tous les éléments nécessaires à la croissance de la vie par le biais de l'amour ? "Siècle, montre-nous donc ton profil monstrueux..." s'écrit l'auteur. Comment ne pas encourager les lecteurs à acquérir cet ouvrage qui nous parle avec tant de passion et d'amour de notre monde et de ses habitants ?
"Enfants, pardonnez-nous.
Manoëlle Miquel-Regnauld, "L'homme d'abord", Editions: Bertout -
ISBN : 9782867434564, 15 euro
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