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Voilà un texte fondateur, précurseur des grands romans d'aventures et qui donna naissance à une profusion de 'continuations' et inspira nombre de grands auteurs jusqu'à nos jours. Néanmoins même si l'histoire du 'mythe Arthurien' n'est désormais un secret pour personne, rien n'égal la puissance évocatrice du roman de Chrétien de Troyes écrit entre les années 1181 et 1185. Retour sur un texte fondateur essentiel... XIIème siecle La maxime qui veut qu'un texte se doit d'être replacé dans son contexte historique afin d'être mieux compris s'applique complètement à cette oeuvre qui porte en elle le germe du roman d'aventure. Remontons donc le temps et arrêtons-nous en ce douzième siècle sur la terre de France. Ce siècle fertile va voir la naissance de plusieurs faits qui vont révolutionner le Moyen-Age. Tout d'abord les croisades (la première a lieu de 1095 à 1099), entreprises afin de reconquérir Jérusalem aux païens, et qui marqueront l'apogée de la chevalerie. Le Moyen-Age était une époque religieuse et on ne peut oublier ce fait lorsque l'on étudie cette période historique. On était soit chrétien, soit musulman, soit juif avant d'être noble ou paysan. La vie quotidienne même de chacun en Europe était rythmée par les différentes prières imposées par le clergé et l'année marquée par les grands événements de la liturgie (pâque, ascension...). Après la deuxième croisade (1147-1149) et au coeur de ce contexte religieux, la noblesse – friande de divertissements – voit apparaître les troubadours et autres ménestrels et trouvères (poètes) qui relatent de châteaux en châteaux les exploits des chevaliers. Peu à peu – en opposition avec les privations et la violence inhérente aux croisades – se développe une attirance pour une vie plus mondaine et plus élégante et pour des récits moins agressifs et en langue vulgaire (par opposition au latin). Cette société 'courtoise' – qui va apparaître dans le Sud de la France à travers la langue d'Oc- se développera rapidement dans le Nord (langue d'Oïl) et va révolutionner et accroître la culture littéraire de notre pays. Chrétien de Troyes est un pur produit de cette évolution. On sait peut de choses de lui si ce n'est qu'il naquit aux alentours de 1135 et qu'il mourut en 1185. Il était certainement clerc et trouvère et fut protégé par Marie de Champagne (fille de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine). C'était un lettré c'est à dire qu'il maîtrisait parfaitement le latin et avait accès à une multitude de textes parmi lesquels celui du chanoine d'Oxford, Geoffroi de Monmouth et qui fut à l'origine des différents romans de Chrétien de Troyes sur la 'matière de Bretagne'. Le Roi Arthur En effet celui-ci avait rédigé en latin en 1138 son "Histoire des Rois de Bretagne", l'un des premiers textes où le Roi celtique Arthur apparaît comme un ardent défenseur de la cause Bretonne et un illustre chevalier. En 1155, Robert Wace – clerc au service de la cour anglaise - adapte en français et en vers le texte de G.de Monmouth sous le titre "Le roman de Brut" on y développant l'esprit chevaleresque d'Arthur et le merveilleux qui s'y rattache (n'oublions pas que selon la légende, Arthur n'est pas mort et reviendra en temps et en heure sauver la Bretagne). Chrétien de Troyes commence son cycle 'arthurien' en 1176 par "Erec et Enide" et poursuit en 1177 et 1181 avec "Le chevalier de la charrette" et "Le chevalier au Lion" retraçant les aventures de Lancelot et d'Yvain mais c'est sa dernière oeuvre inachevée "Perceval ou le Conte du Graal" qui marquera le plus ses contemporains et sera l'objet de divers suites. Ce roman fait la part belle aux récits de deux chevaliers de la Table ronde : Perceval et Gauvain. Faisons fi des anachronismes temporels inhérents au roman et plongeons dans l'histoire. Chrétien de Troyes nous y propose à la fois un 'conte d'éducation', un récit plein d'aventures où se mêlent le merveilleux et le réel et l'histoire du début d'une quête – celle du Graal – qui a fait couler beaucoup d'encre ! Perceval Perceval, le sans-nom du début de l'histoire devient peu à peu au fil du récit et de ses aventures, un chevalier noble et accompli investi d'une grande tâche. Le fait qu'il soit sans-nom a son importance car il est attesté que les fils de la noblesse ne recevait un nom que tardivement car le nom assignait une place sociale à l'enfant. Perceval est donc symboliquement celui qui de 'naïf' et 'homme sauvage' (il ne connaît rien à la chevalerie et aux usages de la Cour) devient un membre actif de la société et de la communauté après avoir été adoubé et avoir triomphé de nombreuses épreuves. La chevalerie est – chez Chrétien de Troyes – traitée de deux manières totalement opposée. A l'opposé de la Chanson de Roland (1100) qui magnifie l'esprit de sacrifice du chevalier, chez Chrétien de Troyes, les chevaliers représentent d'une part la loyauté, l'esprit de sacrifice et le respect d'un code de l'honneur et d'autre part, ceux-ci sont toujours victimes (Perceval et Gauvain) d'une 'faute' qu'ils leur faut expier et qui les empêchent de mener à bien leurs quêtes. L'opposition au douzième siècle entre l'idéal chevaleresque et la dure réalité d'une époque troublée en est certainement l'une des cause mais on peut y voir aussi la marque d'un péché originel qui empêche l'homme d'être pleinement en état de 'grâce', c'est à dire proche de Dieu...sans compter bien sûr avec la 'faute' de Perceval qui tue sa mère de chagrin . L'intrusion du merveilleux dans le texte est le côté le plus passionnant du récit. Perceval et Gauvain, par le biais de la forêt (qui marque le lieu des aventures) et par le passage de l'eau (gué ou rivière) pénètre dans le merveilleux. L'eau, univers des fées chez les Celtes, passage obligé vers la mort chez les grecs (cf. Charron le passeur) permet à chacun des deux héros de pénétrer un univers hors du temps qui se révèle crucial à l'évolution morale des deux héros. Un autre élément de ce texte est l'importance de l'amour courtois et du respect du aux femmes par les chevaliers et qui s'inspire là totalement du roman courtois alors en plein essor. Pour toutes ces raisons et pour des dizaines d'autres, "Perceval ou le conte du Graal" est la base des bases, un roman que l'on doit lire sous peine d'ignorer une part importante de notre passé littéraire ! J'ai choisi de vous présenter à la vente la version du livre de poche dont la traduction de Charles Méla est – de l'avis de beaucoup de spécialistes - apparemment la plus fidèle au texte original : Chrétien de Troyes, "Perceval ou le Conte du Graal", Editions : le livre de poche - Code EAN : 9782253081012, Prix : 4,50 euro J'ai aussi choisi de vous présenter une édition spéciale 'collégien': Chrétien de Troyes, "Perceval ou le Conte du Graal", Editions : GF Flammarion - Code EAN : 9782080720887, Prix : 3,05 euro Parmi les nombreux articles que j'ai trouvés sur le sujet sur Internet, je conseille à tous l'excellent article écrit conjointement par deux professeurs : Mesdames Barbara Brunswic-Serrier et Estelle Soler.
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