Panorama du Livre - Etranger: Douglas Kennedy, Juillet-Août 2004, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Un auteur étranger : Douglas Kennedy
Juillet-Août 2004

Douglas Kennedy : "Cul de sac" - Editions Gallimard, Série noir, EAN: 9782070424771
7.65 

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Douglas Kennedy : "L'homme qui voulait vivre sa vie" - Editions Belfond, Pocket, EAN: 9782266087988
6.50 

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Douglas Kennedy : "La poursuite du bonheur" - Editions Belfond, Pocket, EAN: 9782266125147
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Douglas Kennedy : "Les désarrois de Ned Allen" - Editions Belfond, Pocket, EAN: 9782266100281
6.50 

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Douglas Kennedy : "Rien ne va plus" - Editions Belfond, EAN: 9782714439383
20.30 

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"Une partie de mon succès vient du fait que tout le monde adore les cauchemars... des autres !" *

Connaissez- vous Douglas Kennedy ? si vous êtes un fan du genre 'polar' certainement sinon rien n'est moins sûr et pourtant... voilà un auteur qui vaut largement le détour même lorsque l'on est – comme moi – plutôt fan de Jacqueline Kelen que de Jean-Christophe Grangé !

Retour sur l'oeuvre du plus européens des écrivains de polar américains... suivie d'une interview exceptionnelle de l'auteur faite durant le Salon du Livre de Nice (25,26,27 juin 2004).

"Je voulais montrer à quel point la vie pouvait être... aigre-douce"
Douglas Kennedy **
Ouvrir un ouvrage de Douglas Kennedy quand on est n'est pas fan de polar peut sembler incongru mais lorsqu'on accepte de le faire c'est un véritable raz de marée qui s'empare de vous.

L'homme est à la fois satirique à souhait, foncièrement décapant et furieusement passionnant.

Né à New York en 1955, il ne deviendra véritablement écrivain qu'en 1983, date où il démissionne de son poste au National theatre of Ireland pour se lancer dans l'écriture mais le succès mettra de longues années à s'annoncer...

Après l'échec retentissant de sa première pièce de théâtre en 1986, il déménage sur Londres avec femme et enfants et s'essaie au récit de voyage avec bonheur et une certaine réussite mais le Douglas Kennedy romancier n'est pas encore né.

Il faudra attendre 1994 et la publication de "Cul-de-sac" (qui sera refusé par les éditeurs américains et publiés en Angleterre) pour que l'homme sorte de l'anonymat et 1996 pour que celui-ci devienne désormais un auteur incontournable avec "L'homme qui voulait vivre sa vie".

Suivront quatre autres romans entre thriller psychologique et satire sociale qui ne feront qu'entériner ce succès et faire croître les fans de cet auteur qui joue avec les nerfs de ses lecteurs avec brio.

Avec "Cul-de-sac" (The dead heart) la plongée dans l'univers du polar est intense et effrayante. Le récit de cet homme qui à un tournant de sa vie décide de tout plaquer pour aller vivre dans les immensités australienne et se retrouve aux prises avec quelques-uns des plus atroces représentants de l'espèce humaine fait froid dans le dos et laisse une impression de malaise récurrent ...

Car le 'style' Douglas Kennedy est là, dans un savant mélange de narrateur omniscient, de dialogue percutant et suspens haletant.

Douglas Kennedy peut s'apparenter à un pécheur à la ligne... nous autres, pauvres lecteurs, nageons tranquillement dans les eaux calmes de notre vie quotidienne lorsque surgit Douglas Kennedy. Après une installation tranquille au bord de l'eau et au moment où on se laisse doucement envahir par la simplicité de la vie du narrateur, l'intrigue prend un virage à 90 degrés et le lecteur se trouve ferré jusqu'à la gorge et ce jusqu'à la dernière ligne qu'il espère, salvatrice...

Dans chacun de ces romans, l'auteur pose tranquillement ses personnages et installe leurs cadres de vies plus ou moins banales jusqu'à l'élément qui fait basculer la vie de 'tout un chacun' en thriller psychologique.

Les héros (?!) de Douglas Kennedy pourraient être vous ou moi car qui n'a pas songé un jour à changer de vie, qui ne s'est pas dit qu'il faisait peut-être fausse route "la vie est toujours ailleurs. On construit toujours son propre cul-de-sac ! Que ce soit l'Australie, la banlieue, la vie domestique ... On rêve d'indépendance, d'une autre vie, mais on n'y arrive pas" ***

Ainsi – pris dans une empathie contagieuse et savamment dosée – on se laisse prendre au piége de la lecture et on dévore littéralement l'ouvrage en tremblant au moindre sursaut de l'intrigue.

Tout aussi savamment, chacun de ses ouvrages est une véritable satire de l'esprit et du lieu où se déroule l'intrigue. Que ce soit en Australie où le héros rêve de trouver de grands espaces enchanteurs à la vie de banlieue huppée de New York en passant par les oppositions culturelles flagrantes entre américains et anglais, tous les romans de Douglas Kennedy sont des ouvrages politiques. Des ouvrages qui nous forcent à nous regarder en face et à décoder nos véritables aspirations de vie.

Lire Douglas Kennedy, c'est donc à la fois se laisser emporter dans un polar très noir et découvrir une critique sociale acerbe et réaliste... à compenser après coup par un petit tour chez Walt Disney histoire de ne pas devenir parano !

Entrevue avec Douglas Kennedy

Vendredi 25 juin 2004, le Salon du Livre de Nice vient de s'ouvrir lorsque je rencontre Douglas Kennedy accompagnée de Marie-Sophie, attachée de presse des Editions Belfond.

L'homme est des plus sympathique et se prête au jeu des 'questions – réponses' avec beaucoup d'intérêt et un français que beaucoup lui envierait. Une rencontre passionnante en somme avec un auteur qui a des choses à dire ... ce qui n'est pas le cas de tous !

Béa : D.K, je ne suis pas une inconditionnelle des polars, loin s'en faut, et pourtant j'ai été piégé dans vos romans jusqu'à la dernière ligne... Quel est donc votre 'truc' ?!

D.K : (rires) quand je raconte une histoire, j'ai énormément de brouillons et je n'arrête pas de faire des coupes franches (rires) J'essaie d'avoir un pied dans le monde littéraire et en même temps un pied dans le monde populaire... et d'y mettre une bonne dose d'angoisse ! (rires)

Béa : Après avoir écrit des pièces de Théâtre et des récits de voyages, qu'est-ce qui vous a décidé à écrire des polars ?

D.K : Généralement le premier roman type de tout américain traite de : 'l'été où tout à changé...' ou 'la femme qui a brisé mon coeur...' etc (rires)

Le récit de voyage est une véritable université du roman. Cela m'a énormément appris sur les dialogues, les situations dramatiques la façon de construire un thème romanesque.

Je suis un grand voyageur et en 1991 j'ai effectué un voyage en Australie de Darwin à Perth, c'est à dire un périple de près de 6 000 km entre une ville de 40 000 habitants et une ville d'un million avec 100 000 habitants entre les deux !

Un soir, je suis arrivé dans un petit village : 50 habitants, une mine désaffectée et un pub situé au bout d'un route. A partir de 18h, tout le monde était bourré ! (rires) et une femme énorme a décidé que j'étais l'homme de sa vie. J'ai fui l'hôtel avant l'aube ! (rires).

Ça a été le point de départ de l'histoire. En même temps, je voulais écrire des polars dans la veine des années 50.

Béa : Tous vos romans sont écrits à la première personne. Y-a-t-il une raison précise ? Est-ce pour que les lecteurs se sentent plus proches des protagonistes ?

D.K : Oui... en fait j'ai essayé d'écrire "Cul de Sac" à la 3ème personne et après la cinquantième page, j'ai utilisé mon raccourci clavier pour faire passer tout les 'lui' en 'je' et tout à changé... J'ai besoin de trouver une voix personnelle... je vais peut-être essayer d'écrire à la 3ème personne mais je suis plus à l'aise avec la première personne.

C'est comme une transformation imaginative, on devient le narrateur, on voit le monde à travers ses yeux.

Béa : Vous avez dit un jour que tous vos romans étaient des ouvrages 'aussi politique que thriller'. Pourquoi ? avez-vous une conscience politique exacerbée ? Pourquoi cette obsession de la 'satire' ?

D.K : Vous savez, je suis un américain vivant en Europe. Je ne suis pas un homme très politique, je ne suis pas un soixante-huitard ! (rires) mais en même temps, je déteste l'hypocrisie et surtout l'hypocrisie américaine. Pour moi, son pays, c'est en quelque sorte sa famille ! C'est un défi perpétuel, une guerre et en même temps, pour moi, je suis presque sûr qu'aux Etats-Unis il y a une tension perpétuelle entre le rêve de la liberté et le fait que notre société est super conformiste... très puritaine, très pudique... deux extrêmes... et surtout maintenant avec Monsieur Bush, le plus grand connard imaginable !... nous avons un nouveau chrétien' **** comme Président ! Il a une vision très manichéenne de la vie. Pour moi, si on est romancier... on n'a pas de réponse ! si on a des réponses on doit devenir Prêtre ! (rires)... j'ai beaucoup de questions... et beaucoup de doutes !!!

Béa : Dans mon article, je vous compare à un pécheur à la ligne par rapport à votre faculté 'd'endormir' le lecteur et de le 'ferrer' après quelques chapitres. Que pensez-vous de cette image ?

D.K : (rires) oui... pourquoi pas ? Non en fait je vais vous donner une métaphore... quand ma fille avait 3 ans, elle m'a un jour demandé de lui raconter l'histoire des 3 petits cochons et du grand méchant loup mais sans le méchant loup... j'ai bien réfléchi et je lui ai dit que ce n'était pas possible. Elle m'a demandé pourquoi et je lui ai répondu que sans le grand méchant loup, il n'y avait pas de crise et, pas de crise, pas d'histoire ! Récemment elle est venu me voir dans mon bureau et m'a dit 'papa, j'ai commencé ma propre histoire. Il y a une princesse et un prince mais j'ai décidé qu'il y aurait aussi une grand-mère très très méchante !' (rires).

On a besoin de 'drame'. Une partie de mon succès vient du fait que tout le monde adore les cauchemars... des autres ! (rires)

Tout le monde sait que a) la vie quotidienne est un vernis très fragile et b) en même temps - comme Flaubert - la vie quotidienne est toujours le sujet et en même temps le cauchemar perpétuel. On doit habiter le quotidien mais on déteste le quotidien et on a besoin du quotidien... c'est un bon paradoxe ! (rires)

Béa : La plupart de vos personnages sont des gens 'normaux'. Ils ont des désirs très communs à la majorité d'entre nous et se sentent 'piégés' dans leurs vies. Ne pensez-vous pas qu'il est possible de se libérer du fardeau de la société ? du capitalisme ?

D.K : ça dépend... je suis un produit de la classe professionnelle américaine. Mon père était un homme d'affaires et à la fin de sa carrière, tragiquement, un homme d'affaires raté. Mon grand-père maternel était joaillier dans le quartier juif des diamants à New York. De la classe prolétaire, mon père est devenu bourgeois donc aux Etats-Unis et partout dans le monde (cf. son dernier roman) le fait est que si on est professionnel, si on a de l'ambition – et tout le monde à de l'ambition... et franchement c'est très rare de trouver un homme qui habite dans une chambre sous les toits, sans désirs, sans ambition sans objet du quotidien comme la radio ou la télé ! (rires)... c'est rare. Tout le monde a une certaine ambition, c'est normal, c'est humain et donc souvent pour la plupart des gens la vie est une grande déception ! et en même temps on crée sa propre déception et c'est le fil conducteur de tous mes romans.

Je ne suis pas chrétien, je suis un parfait athée et j'ai un point de vue existentiel qui est que le destin c'est soi-même ! et comme je le dis dans tous mes romans, il ne faut jamais sous-estimer l'attirance humaine pour le 'drame'.

Béa : Vous développez souvent des personnages féminins dans vos romans ce qui n'est pas fréquent dans les polars... quelle en est la raison ?

D.K : Ma femme, qui est très féministe, irlandaise et indépendante a commencé à lire mon dernier roman mais elle s'est arrêtée au bout de 60 pages car ce roman la dérangeait...

Ma mère était une femme au foyer, très frustrée mais en même temps incapable d'avoir la capacité de trouver une activité professionnelle. J'ai donc décidé d'essayer d'éviter tous les 'cul de sac' de la vie familiale mais je suis avec ma femme depuis 23 ans et nous avons deux enfants... j'ai donc décidé d'embrasser la vie de famille qui est une grande aventure et pour beaucoup une prison... autre paradoxe !

Béa : Un mot à propos de votre prochain roman ?

D.K : Tout d'abord, je vais publier un récit de voyage qui s'intitule dans le pays de Dieu . j'ai fait un voyage dans le sud des Etats-Unis pour explorer le monde des 'nouveaux chrétiens' et ça sera le thème du livre, le monde des croyances aux Etats-Unis.

Je termine actuellement un livre qui sortira en France pour la rentrée 2005. ça sera une narratrice (rires) et l'histoire se passera d'abord dans les années 62 à 73 dans la Nouvelle-Angleterre. L'histoire d'une femme de médecin dans un petit village... ah Flaubert ! (rires) qui rencontre un homme politique pendant le déplacement de son mari. Ils ont une petite liaison et puis elle découvre qu'il a fuit le FBI...

La deuxième partie se passe en 2003... une époque très différente... elle est toujours mariée avec le médecin dans le Maine mais elle a un petit 'secret'. L'ex-homme politique est devenu chroniqueur à Chicago, il est néo-conservateur c'est à dire qu'il est ultra-républicain et il a écrit un ouvrage sur ses années radicales où un chapitre traite de son aventure avec la femme d'un médecin dans le Maine... ça sera un vrai roman de Douglas Kennedy !!! (rires)

Béa : Un petit mot pour nos lecteurs ?

D.K : (avec un grand sourire) Lisez, Lisez !!! (rires)

* : interview réalisée par Béa au Salon du livre de Nice, juin 2004.
** & *** http://www.macite.net/home/article.php3?id_article=354
****: les nouveaux chrétiens représentent le renouveau de l'Eglise (?!). Ce sont de nouvelles Eglises charismatiques. Elles sont légions aux Etats-Unis. Note de Béa.

Liste des ouvrages :

Douglas Kennedy "Cul de sac", Editions Gallimard, série noir - Code EAN : 9782070424771, Prix : 7,65 €

"L'homme qui voulait vivre sa vie", Editions Belfond, pocket - Code EAN : 9782266087988, Prix : 6,50 €

"La poursuite du bonheur", Editions Belfond, Pocket - Code EAN : 9782266125147, Prix : 7,50 €

"Les désarrois de Ned Allen", Editions Belfond, Pocket - Code EAN : 9782266100281, Prix : 6,50 €

"Rien ne va plus", Editions Belfond - Code EAN : 9782714439383, Prix : 20,30 €

Aussi :
"Une relation dangereuse"



Béa - bea@panoramadulivre.com
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