Panorama du Livre - Victor Varjac: La page du poète, Mai 2004, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Victor Varjac : La page du poète
Mai 2004

Deuxième volet de notre nouvel espace Poésie présenté par Victor Varjac.

Véritable 'artificier du verbe' créateur de la "Fronde des Poètes", animateur sur Canal 40 de la seule émission française consacrée à la Poésie, Victor Varjac est – entres autres – l'auteur de recueils de Poésie tel que "La chair du néant", "Les amants du silence", "Fleurs sauvages" ou encore "Les portes du Chaos" (joué à Paris en 1993). A propos de Victor Varjac...

André Verdet. : "Poèmes et ballades" - Melis - Cherche Midi
André Verdet, Pablo Picasso
Poèmes et ballades pour le sacre du poète

Voici un petit livre qui devrait enchanter les amateurs d'art et les fous de poésie.

André Verdet, l'artiste pluriel par excellence a toute sa vie côtoyé des peintres, des sculpteurs, des écrivains, des vagabonds des mots et des couleurs.

Luciano Mélis, éditeur intuitif et sensible eut l'idée de rassembler quelques poèmes d'André Verdet dédiés à ses amis peintres: Brague, Chagall, Giacometti, Jenkins, Klein, Lorca, Matisse, Miro, Picasso, etc… autour de dessins, d'encres, lithographies, gravures et photos, créant ainsi un ensemble à la fois original et magnifique, marquant d'une "pierre de papier" soixante ans d'histoire et d'amitiés. Ce recueil vit le jour le 5 décembre 2002 à Pais, lors de la remise du grand Prix des Poètes de la Sacem à André Verdet :

"Toutes les couleurs au bout
D'aventure se rejoignent
Infrangibles intactes et comme
A l'éclos de leur vie"

Message éternel comme la poésie d'André Verdet artiste de cœur et de génie.

André Verdet, "Poèmes et ballades", Éditions Melis - Cherche Midi.


Jocelyne Marazzano : "Le Plein de mes vides ou l'éternelle émotion" - Alban
Le Plein de mes vides ou l'éternelle émotion

Jocelyne Marazzano reçoit lors du Festival Mondial de Poésie à Villefranche, le Prix Découverte pour son premier recueil "Volte-face". Pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître !

Aujourd'hui, elle nous propose "Le plein de mes vides", textes courts mais images profondes et fortes, à la manière de ces bruits très brefs qui portent l'éclat des murailles dans la gorge de l'écho. Ces images, ces impressions sont du cristal dans lequel l'âme peut se pencher sans craindre pour ses ailes. Le cœur, lui, multiplie les facettes. D'un mot, notre poétesse créée l'infini… car chaque vers pénètre plus sûrement qu'une lame dans la chair de nos mémoires.

Jocelyne Marazzano puise derrière la source des miroirs où le vide, l'absence, l'espace, le silence semblent au repos, mais où, chaque battement, chaque découverte, chaque regret, chaque désir envahit le temps qui nous traverse. L'auteur, à force d'émotion, bloque la pendule du cœur. Le passé occupe le présent sans une faille et touche même, parfois, l'ongle de l'avenir.

Afin que le trouble se prolonge, Jocelyne Marazzano, a fait appel à un peintre Huton Gauthier, artiste reconnu en France et aux Etats Unis pour accompagner chaque poème d'un dessin qui calque ses formes à la naissance du rêve.

Une mariage réussi entre le mot et le trait. Un recueil à la frontière de l'Etre où le vide est un monde encore à naître…

"Si je t'évoque, je deviens:
une aube qui se rêve
avant l'évidence du jour"

Jocelyne Marazzano, "Le Plein de mes vides ou l'éternelle émotion", Éditions Alban


Laetitia Marcucci : "Immanence d'une rencontre" - Éditions Cosmophonies Internationales
Immanence d'une rencontre...

Bien plus qu'une rencontre, ce premier recueil de Laetitia Marcucci incarne une marche terrible et magnifique dans le désert des hommes.

Tragédie de la rencontre qui commence avec l'œil et la voix et que l'espérance des gestes jamais esquissés repousse davantage dans le sentier de l'exil intérieur. L'écriture devient une prise de parole, un acte conscient qui se substitue, dans la solitude, au rythme de la vie. Alors, commence entre la résignation et l'espoir d'amour, le jeu masqué de la poésie. La Rizière symbolise le travail à réaliser pour obtenir la récolte, mais c'est aussi l'union sacrée de la terre et du ciel… Les fleurs symbolisent les souvenirs et la glycine cache sous un décor de beauté exubérante l'oubli, lent comme un suc pervers, dans la paume inéluctable du temps.

Les heures qui tournent sont aussi celles qui connurent l'enfance… et la rupture, toujours inévitable, ouvre à la fois les deux bras de l'abîme et le sentier qui mène à la blessure originelle où tout commence. La poésie de Laetitia Marcucci est faite avec le sang de l'ombre et la douleur du présent.

Un vocabulaire d'une incroyable richesse, un rythme qui fait vibrer nos artères et une démarche surgie du fond des âges, font de cet auteur une des voix les plus prometteuses de notre époque qui éclaire notre quotidien comme une torche vive.

"Le corps est un poids dans le creux de l'aube
et j'enlace les déclinaisons vibrantes
de te savoir vivant"

Laetitia Marcucci, "Immanence d'une rencontre", Éditions Cosmophonies Internationales.


Madeleine Lazard : "Louise Labé" - Editions Fayard
Louise Labé ou la poésie de l'amour vrai

De Louise Labé, nous ne connaissons que bien peu de choses. On dirait que parfois le temps s'amuse à perdre notre mémoire, mais cet écueil n'a pas rebuté Madeleine Lazard, Professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle, bien au contraire.

Elle nous entraîne avec ferveur dans une ville élevée par François Ier au rang de "seconde Capitale du Royaume"à la découverte d'une époque extraordinaire: la Renaissance.

Lyon devient peu à peu le grand centre du commerce et de la banque et sa situation géographique exceptionnelle (bien desservie par les fleuves et les routes-frontières entre la France et la Savoie) en fait un carrefour économique et culturel incontournable.

C'est dans ce climat exceptionnel, entre 1520 et 1523 que naquit, dans un milieu modeste, Louise Labé, jeune fille ardente, fière, belle, vive et intelligente; deuxième fille d'une famille de cinq enfants d'Etiennette Roybet et de Pierre Charly. Elle était également une solide gaillarde, armée de souplesse, d'audace et d'adresse. Son frère lui apprit le métier des armes. Elle fut surnommée "Le Capitaine Loys" car excellente cavalière, elle endossait, sans sourciller, la lourde tenue des combattants.

L'éducation de Louise est aussi une énigme, car on ne sait pas comment une jeune fille de condition aussi modeste put avoir accès à une éducation fort savante qui n'était réservée qu'aux hommes et dans une moindre proportion à certaines dames appartenant à la haute société.

L'atmosphère de cette ville en pleine ébullition est particulièrement favorable à l'inspiration poétique et aux discussions philosophiques, c'est ainsi que réapparaît un vieux débat littéraire qui dès le XIIIème siècle, a vu s'affronter détracteurs et apologistes de la femme: "La femme est -elle inférieure à l'homme?".

Ce XVIème ne vit pas moins de 891 textes traitant de cette question! Cette querelle, dont les arguments fondamentaux n'avaient pas changé depuis le Roman de la Rose, tournent peu à peu à l'avantage des Dames.

Il y avait entre tous les poètes fréquentations, conversations, amitiés mondaines et littéraires et l'influence des sources orales dans cette première moitié de siècle, est loin d'être négligeable. Louise dut beaucoup apprendre du contact de ces hommes et ces femmes cultivés.

Il semble bien de Maurice de Scève fut le trait d'union entre Louise et la plupart des poètes, amis ou parents qui la célébrait. On suppose d'ailleurs qu'à la mort de Perrette, il se soit rapproché de notre belle cordière, car c'est à partir de cette époque que grandit la réputation de notre jeune poétesse. Louise a t-elle tenu un salon? Nous ne le savons pas, cependant, dans son épitre dédicatoire, la belle cordière révéla qu'elle recevait chez elle et qu'elle lisait ses œuvres à ses amis dont elle appréciait le jugement, puisque ce fut sur leurs instances qu'elle décida de publier.

Mais, n'oublions pas que ces réunions, ces visites masculines ne pouvaient que faire jaser le voisinage. Heureusement, la réputation de la belle cordière grandissait chez les lettrés. En 1554, elle mettait la dernière main aux œuvres malgré tous ceux qui la traitaient de courtisane ou de prostituée.

Au XVIème, il fallait demander l'autorisation au Roi pour faire éditer un livre.

Le 13 mars 1554, elle demanda donc au roi le privilège d'édition pour publier ses œuvres. En 1555, paraissait un petit ouvrage in-octavo. Ce livre sortait des presse du célèbre imprimeur lyonnais Jean de Tournes. Il avait pour titre "Euvres de Louïze Labé Lionnaise". Cet ouvrage comprenait une épitre liminaire, un conte en prose dialoguée "Débat de Folie et d'Amour", trois élégies, 24 sonnets et 24 textes d'hommages, rassemblés sous le titre "Escriz de divers Poètes à la louange de Louize labé Lionnoize".

Le volume s'achevait par un privilège du roi daté du 13 mars 1554 et l'achevé d'imprimer du 12 août 1555. Deux tirages étaient donnés en 1555. L'année suivant voyait paraître une nouvelle édition des "Euvres" revues et corrigées par ladite Dame, toujours chez Jean de Tournes. Une édition, la même année vit le jour à Rouen (sans doute une contre-façon).

Louise Labé n'apporta aucune retouche, aucune modification à l'organisation de son recueil et bien avant Marcel Proust, elle a conscience de ce temps qui nous échappe sans cesse et qu'il nous faut retrouver. Pour notre poétesse, l'écriture est le prolongement naturel et indispensable de l'aventure amoureuse. "Le passé nous rejoint et sert plus que le présent". Elle incita également ses contemporaines, à prendre la plume quitte à enfreindre les conventions sociales.

Poétesse de l'amour et de la liberté, assaillie par la malveillance, son art a traversé les siècles malgré quelques éclipses. Ne l'entendez-vous pas nous dire encore ces vers immortels:

"Baise m'encore, rebaise -moi et baise!
Donne m'en un de tes plus savoureux
Donne m'en un de tes plus amoureux
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise"

Nous ignorons la date exacte de sa mort. Nous savons seulement qu'elle fut inhumée à Parcieu comme l'indique le registre du notaire de la Forest "le vendredi 30 août 1566".

Les poètes rendent l'amour immortel, et l'amour donne aux poètes les clefs de son paradis et Louise Labé dans ses œuvres, nous a offert son cœur.

Louise Labé par Madeleine Lazard aux Editions Fayard

Œuvres disponibles de Louise Labé:

  • Chez Garnier Flammarion
  • Oeuvres poétiques (Gallimard)
  • Débats de folie et d'amour" chez Roissard
  • Oeuvres complètes chez Droz (Genève)
  • Les Poètes du XVIème - Coll. La Pleïade Gallimard.



Victor Varjac
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