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Grand voyageur, merveilleux conteur "Une vague est morte sur nos rives matérielles. Elle n'avait plus de mémoire car elle venait de loin. Je l'ai prise dans le creux de ma main. Puis elle m'a échappé et il n'en restait rien..." Les yeux d'Irène Jean Raspail ne fut pas tout d'abords écrivain. Il naquit à cette vocation en même temps qu'il naquit véritablement à lui-même au cours de son premier voyage vers des terres lointaines. Il avait près de 24 ans et cela se passa aux abords d'un village Algonquin, Sagonnik : "A considérer les cheminement intérieurs de la vie, c'est là que je suis né, à l'âge de vingt-trois ans et neuf mois, par un matin glacial de printemps de l'année 1949" Pêcheur de lunes (1990). Cette seconde 'naissance', on peut légitimement la rattacher avec respect au passage initiatique à l'âge adulte tout comme cela se pratiquait dans les 'tribus' et autres 'groupes ethniques' dont Jean Raspail s'est fait le 'porte-drapeau'. Ce voyage ne fut que le premier d'une longue série qui, de l'Amérique du Nord à l'Amérique du Sud et de L'Asie au confins des pôles eurent tous le même but : aller toujours plus loin à la recherche de civilisation au bord de l'oubli. Non pas avec le désir de les débusquer mais plutôt de toucher du doigt l'absolu de la quête. La recherche de ces minorités ethniques représente pour cet homme une véritable quête du Graal avec tout ce que cela comporte de dépassement de soi, d'humilité et de mysticisme. Il faut lire le récit de son voyage et de sa découverte du dernier village des Indiens Urus dans les Andes et comment il leur rend hommage ! Une attitude juste et une émotion que Jean Raspail vit tellement avec ses 'tripes' qu'elle en est palpable et que l'on retrouve dans tous ses écrits traitant de près ou de loin de ces 'oubliés'. Et même lorsqu'il aborde le romanesque proprement dit comme dans "l'île Bleue", "l'Anneau du pêcheur" ou "Les yeux d'Irène" cette émotion est toujours présente ne serait-ce que dans le sentiment de solitude absolu face au monde de certains personnages tel le Pape Benoît face à l'uniformisation de la société... un thème récurent chez Jean Raspail et que nous aborderons plus avant. Voilà le véritable talent de Jean Raspail, du voyage, il est passé à l'écriture dans ce qu'elle a de plus beau, le conte. Jean Raspail nous conte la vie de ses peuples en mêlant suffisamment de merveilleux au réel qu'il nous transporte vers ces 'chemins parallèles' de la vie où tout est possible et en laissant toujours la porte suffisamment ouverte afin de nous permettre à nous, lecteurs, d'espérer qu'un jour nous arriverons nous aussi aux abords d'un chemin différent ...
"Je restai là un long moment, transi, ruisselant, les yeux fixés sur la muraille de pluie. Il me vint l'étrange idée d'y dresser une tente et d'attendre, parce qu'il m'était bon d'être ici, en compagnie de l'invisible, comme Simon Pierre, au mont Thabor, le soir de la Transfiguration." Pêcheur de lune Jean Raspail a l'âme d'un chevalier... j'en voie qui ricane - ils ne devraient pourtant pas - tout est dans l'attitude juste. On peut aimer des minorités ethniques quasiment disparues et tenter par tous les moyens de violer leurs secrets et toute la nuance est là. Jean Raspail s'intéresse, s'interroge et s'engage sur le chemin mais il s'y engage en espérant presque ne rien trouver et leur laisser leur part de mystère. Ce qui compte ce n'est pas le but de la quête mais la quête elle-même. Jean Raspail se jette dans la quête avec noblesse, humilité, mélancolie et amour... et ce n'est pas si courant. C'est certainement pour cela qu'il nous force au respect face à ces 'petits hommes' des "Les royaumes de Borée". Elle leur gardent leur mystère, en ne se posant pas en 'spécialiste', en un mot, en ayant l'attitude juste, Jean Raspail en devient le meilleur porte-parole car plus aucun ne peut quitter notre mémoire. Au détour d'un page de "Pêcheur de Lune" lorsqu'il évoque les tribus amérindiennes décimés à New York et qu'il interpelle le lecteur en lui demandant de lire le nom des tribus à haute voix "parce qu'ils ne représentent plus rien ni personne sur cette terre" quel lecteur pourrait se vanter de ne pas l'avoir fait... certainement pas moi en tout cas... et son grand triomphe est certainement d'avoir fait en sorte que les Urus, Oumiates, Carnasees, Merrick, Shinnecocks et autres Taïnos, Onas et tant d'autres survivent au moins dans nos mémoires ... Jean Raspail le nostalgique... d'une certaine histoire "Je suppose qu'un triste jour, par je ne sais quelle aberration, ils s'étaient laissé tenter au passage du bazar ambulant. Dès lors, ils avaient perdu le contact qui leur avait fait traverser les siècles. Le peuple Guanaqui n'existe plus. Il n'y a plus que des individus." Jean Raspail n'est pas tendre avec le monde moderne et d'aucuns lui ont beaucoup reproché son attachement au royalisme qui le place d'emblée dans le camp 'de droite' et il s'en fut de peu que ses ouvrages "Secouons le cocotier" et "le Camp des saints" soient taxés de racisme et d'incitation à la violence. En ce qui concerne le royalisme, voyons un peu ce que lui-même en dit : "Le royalisme tel que je le conçois n'est pas une position politique. C'est, au contraire, une attitude éthique, philosophique et religieuse. Le royalisme est une idée belle et noble qui satisfait ce que l'on a de meilleur en nous-même : l'héroïsme, le sens du sacré et l'idéal." Sébastien Le Fol, Figaro-Littéraire 01/2000 Forcément lorsqu'on connaît le personnage, cette explication prend tout son sens. Il est d'ailleurs assez ahurissant que l'on ait traité d'extrémiste de droite, un homme qui rend aussi bien hommage à toutes les minorités ethniques de la terre... risible. Pour avoir de tels propos, il faut tout simplement ne pas avoir lu un seul de ses ouvrages ! Bien plus, cela qualifie bien la société actuelle qui se doit de placer chaque citoyen dans une 'case' conforme à son "uniformisation grise". Particulièrement présents dans "Les yeux d'Irène" ou dans "l'Anneau du pêcheur", la critique de l'avancée technologique qui lamine, nivelle et aplanit est sans pitié : les villes modernes et leurs architectures sont décrites telles des toiles d'araignée : dangereuses et emprisonnantes (que l'araignée me pardonne mon parallèle, je l'a tiens en grand estime!). Mais plus que l'avancée technologique, ce qui attriste Jean Raspail c'est l'uniformisation de la société. Le non-respect de la différence qui est en fait la richesse d'un peuple et son appartenance à une unité précise et distincte. Jean Raspail célèbre la fraternité, l'honneur, l'amitié et le droit à la différence. Il dénonce la société moderne qui nous veut tous sorti du même moule : travailleur, passif et décérébré. Jean Raspail, bien plus sûrement qu'un Paulo Coelho et son "Alchimiste" nous montre que notre vie est entre nos mains et qu'il ne tient qu'à nous à nous éloigner du chemin programmé afin d'aller vers l'inconnu et la vie... Je laisserai le mot de la fin à Philippe Hemsen qui - à mon sens - a merveilleusement retranscrit le désir d'absolu présent dans l'oeuvre de Jean Raspail : "En des temps où l'amnésie fait des ravages, Jean Raspail est le chroniqueur des lisières de la mémoire et de l'oubli, défiant l'absence par la noblesse de l'attitude et des sentiments. Car il ne s'agit pas d'avoir encore des illusions, mais de se tenir, droit et fier, comme si l'on en avait encore, pour manifester respect et attachement à ce qui n'est plus."
![]() Site consacré à l'homme Jean Raspail et à son oeuvre : http://jeanraspail.free.fr/index.htm Jean Raspail : "L'Anneau du pêcheur", Editions Albin Michel, le Livre de Poche - Code EAN : 9782253140894, Prix : 5,50 euro "Les yeux d'Irène", Editions Albin Michel - Code EAN : 9782226020635, Prix : 14,94 euro
"Pêcheur de lunes, Qui se souvient des hommes...", Editions Robert Laffont -
Code EAN : 9782221066720, Prix : 14,48 euro
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