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"La nature n'est pas un décor, un agrément, mais la part vitale de notre propre esprit. Elle nous initie à la loi de la vie et au mystère de la beauté, tout en incarnant ce que notre esprit porte en lui de secret et de nostalgique." De son enfance auprès d'un père rompu à la calligraphie, François Cheng a gardé l'oeil du peintre et la philosophie du Tao, de la voie. Lire François Cheng c'est laisser de côté la frénésie du notre société afin de plonger dans la vrai réalité de la voie. Une voie que l'on ne peut appréhender qu'au travers de la nature. Une nature qui est faite de beauté et de lenteur. Dans les deux romans de M. Cheng on ne peut que noter la présence quasi-palpable du fleuve. Ce fleuve qui est un véritable symbole du souffle-esprit qui, sans cesse, coule, creuse, détruit et fait renaître dans le cycle infini de la vie. Le fleuve qui tend vers la transformation ultime, celle qui verra apparaître une nouvelle nature, transcendée par son passé. La femme et la nature, deux voies vers l'absolu "Ce qu'il y a de plus beau dans la création artistique c'est justement cette part féminine, cette musique qui n'en finit pas de chanter" La femme chez Cheng, c'est l'expression de la beauté originelle, c'est le principe de vie qui régie toute l'humanité et vers lequel tend l'homme depuis la nuit des temps. La femme est aussi, dans son association à la nature, la base de la création artistique car elle incarne la quête absolu, elle transcende les désirs les plus vils et, en élevant l'âme humaine, elle lui permet de toucher du doigt le divin, qui est souffle de vie. c'est la beauté de la femme et de la nature qui permet cette élévation toujours renouvelée. Le Yin, le Yang et le vide médian : principe créateur de l'unité et de la quête de l'absolu "On sait que le fonctionnement du souffle est ternaire : le yin, le yang et le vide médian. Ce dernier est le trois taoïste qui, né du deux et drainant la meilleure part du deux, permet à celui-ci de se dépasser et de s'engager dans la voie de la transformation." "avec le vide médian, on est dans une position de quête et d'humilité puisqu'on est dans une position de réceptacle, et non de preneur."
Tianyi raconte leur histoire. c'est par sa parole, par son 'souffle' qu'il donne naissance à leur histoire à tout trois... Patiemment, lentement, tel le fleuve, il tisse en mots le cheminement de trois vies inextricablement mêlées. Fonctionnant comme le 'vide médian' de l'histoire, c'est par sa présence même qu'il permet le rapprochement des deux et l'épanouissement de leur amour; mais eux ne sont rien sans lui et sa 'non-présence' à leur côté est la base de leur éloignement. Le Yin n'est pas sans Yang et le Yang sans Yin mais sans le vide médian entre les deux leur rapprochement et le meilleur des deux ne peut éclore. La passion physique sans vide médian c'est la négation de la facette spirituelle de la sexualité. La passion sans vide médian enferme, la passion avec la présence de ce 'vide médian' confère à l'absolu. On touche de doigt le souffle divin mais aussitôt est-il perçu que déjà il redevient non-présence permettant sans cesse le renouvellement de la quête de l'absolu. Un style clair et précis, subtil mélange entre analyse et idéographie "le calligraphe, en traçant ses traits, est persuadé de raviver le souffle qui anime l'univers, celui-là qui inspire aussi sa main, sorte de sismographe de son âme." François Cheng a choisit d'écrire ses romans dans sa langue d'adoption, le français. Il utilise un rythme lent qui pousse à l'introspection des personnages (en particulier dans le Dit de Tianyi) et est doublé d'une imagerie subtile et dépouillée rappelant les idéogrammes de son pays. On dit de lui qu'il est un pont entre deux mondes, entre - Orient, dont il a gardé son nom Cheng - et Occident dont il a choisi son prénom, François. Un prénom hautement symbolique car il l'a choisi en référence à Saint François d'Assise qui fut si proche de la nature et des animaux... Mais, François Cheng lui-même n'est-il pas en fait le 'vide médian' entre ces deux monde - entre un Orient profondément Yin et un Occident furieusement Yang - qui permet la création artistique et la fusion extrême entre deux modes de pensées vers une meilleure compréhension de ces deux mondes si souvent opposés ? Cela expliquerait peut-être son succès, un succès largement méritée...
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François CHENG
"L'éternité n'est pas de trop", Editions Albin Michel -
Code EAN : 9782226127020, Prix : 15,90 euro
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