Panorama du Livre - Etranger: J.R.R Tolkien, Janvier 2003, Librairie - Cap 3000 - Nice, France
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Un auteur étranger: J.R.R. Tolkien (1892-1973)
Janvier 2003

J.R.R. Tolkien "Le Silmarillion", Editions Pocket, EAN: 9782266121026
12 

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J.R.R. Tolkien "Contes et légendes inachevés", Editions Pocket, EAN: 9782266117791
12 

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John Howe "Sur les terres de Tolkien", Editions Atalante, EAN: 9782841722303
29 

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David Day "L'anneau de Tolkien", Christian Bourgeois Editeur, EAN: 9782267013443
40 

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David Day "Tolkien, l'encyclopédie illustrée", Editions Octopus, EAN: 9782012601659
25 

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Vaste sujet que d'évoquer l'oeuvre de J.R.R Tolkien ! Mais par delà le battage médiatique, il peut sembler intéressant d'essayer de découvrir de façon plus sereine l'homme et sa création. En effet Tolkien est avant tout un créateur de monde, un tisseur de mythes qui puise dans l'imaginaire collectif pour nous faire pénétrer dans un monde fabuleux...

Une passion prend forme

John Ronald Reuel Tolkien. Un nom bien étrange, qui sonne déjà un peu ancien. Un nom qui maintenant symbolise de part le monde le fantastique. Un homme qui avait pour passion les langues et les cultures anciennes et qui en a fait son métier. A tel point qu'il en est devenu spécialiste et s'est vu confié la tâche de les enseigner à la prestigieuse Université d'Oxford.

Ebauché dans les tranchées de la première guerre mondiale, Le Hobbit n'est tout d'abord qu'un conte que Tolkien racontait a ses enfants le soir. Chez les Tolkien, on n'achetait pas de livres d'histoires, on les écrivait. Après lecture auprès de cercles littéraires auxquels John participait avec ferveur, le conte pour enfant se peaufine et ses amis lui recommandent de le publier. Ce qu'il finit par faire et la première édition du Hobbit paraît en 1934 en Angleterre.

Profondément amoureux des arbres, de la nature et de la vie rustique qu'il menait enfant dans la campagne anglaise, il raconte l'histoire d'un petit personnage bien tranquille vivant dans une contrée paisible et verdoyante qui se trouve embarqué par un magicien aux sourcils broussailleux et treize nains amateur de bonne chère et de chansons dans une aventure qui l'aurait fait trembler le soir au coin du feux si on la lui avait raconté. Il revient néanmoins chez lui pour y couler des jours paisibles, la tête pleine de souvenirs, sa mule chargée de sacs d'or et en poche un simple anneau d'or trouvé par hasard au fond d'une caverne.

Une passion contagieuse

Mais Le Hobbit rencontre un certain succès et l'éditeur demande à Tolkien s'il n'y aurait pas une suite à ce sympathique conte de fée. Après tout, tout le monde n'a pas la chance d'avoir un papa qui écrit des histoires pleines d'elfes, de nains et de magicien, sans oublier le dragon.

Ecrire n'est pas pour autant le métier de Tolkien et si celui-ci accepte finalement, il mettra dix huit ans à arriver a une forme qu'il juge acceptable pour Le Seigneur des Anneaux, lequel connaît dès sa parution un succès phénoménal.

Un créateur de mondes

En effet, le vrai métier de Tolkien, sa nature devrais-je dire, c'est de créer des mondes. Et plus précisément de faire parler leurs peuples. Tolkien a commencé très tôt à inventer des langues. Le Quenya, le parler cérémoniel des elfes qui est le plus ancien langage des Terres du Milieu, a été imaginé dès la fin de son adolescence. Le hobby de créer des langues ne le quittera plus.

Donc Tolkien crée des mondes. Ou plutôt il les voit se créer devant lui; il voit ses premiers êtres, les Elfes, s'éveiller sous la lumière des étoiles. Et il assiste aux ères qui suivent, déchirées par un conflit entre les Puissances : celles qui respectent le dessein du Créateur suprême et celles qui le refuse, pensant qu'elles seules sont dignes de présider aux destinées du monde. Son talent inné, sa connaissance des mythes existants et de leur fonctionnement lui permette ensuite de traduire cela en un tout cohérent et fascinant car ancré dans notre inconscient collectif.

De l'oeuvre au chef-d'oeuvre

Une des choses les plus profondément ancré dans cet inconscient est la dualité entre l'Ombre et la Lumière. Mais là où on ne trouve en général qu'un élément de l'histoire, le nécessaire faire-valoir du héros, Tolkien nous parle profondément, il nous fait passer un message, une vision du Bien et du Mal. Un peu à la manière des Fables de Mr de la Fontaine qui mettent dans la bouche d'animaux ce qui ne pouvait être dit librement ou ce qui était trop difficile à entendre, Tolkien nous raconte une fable sur ce conflit éternel, une fable profondément vrai et juste. Et c'est à mon sens pour cela qu'elle a autant de force, outre le pur talent et l'érudition de son auteur : parce qu'elle s'ancre dans nos coeurs, elle nous parle directement de cet endroit de notre être où réside de façon informe le Bien et le Mal, cet endroit où nous sommes libre de choisir et où notre âme est souveraine.

Pour qu'elle devienne chef-d'oeuvre, toute oeuvre doit dépasser l'histoire, dépasser les mots qui la raconte et mettre la technique au service d'un message qui se transmet au delà de ces artefacts matériels, directement d'une âme à une autre. Et c'est exactement ce que fait Tolkien.

Le tisseur de légendes

Car au travers des rythmes des phrases polies par les années, des langues construites comme on cisèle des joyaux, des mythes imaginaires qui constituent l'étoffe du monde auquel il s'est amusé a donner une vie qui lui a ensuite échappé, Tolkien concentre a travers sa plume les légendes ancestrales des peuples anciens. Il cristallise les voix de nos ancêtres qui forment notre inconscient collectif et les remodèle, les sort de leur contexte, en modifie la forme et l'ordonnancement afin que le dépaysement puisse nous permettre de les voir d'un oeil neuf et, peut être, d'entendre le message qui était toujours là mais que la banalité de l'habitude nous masquait.

Bercés par le conte, nous pouvons ainsi revisiter les histoires de nos arrières grand-mères, les étoiles scintillantes qui guident le voyageur égaré, la magie volage qui aide ou égare les mortels cherchant son secours, les tertres moussus qui abritent des peuples secrets, les arbres ancestraux qui dispensent leur sagesse à ceux qui s'endorment en dessous ; et sentir dans notre chair la blessure horrible, l'atroce souffrance de la terre elle-même quand arrive le bulldozer qui déchire, broie, massacre ce qui était harmonie vivante au nom de ... Au nom de quoi ? Peut importe, il y aura toujours un nom, une raison, un mot qui cachera la réalité inavouable : Le Pouvoir, le désir de maîtrise, la soif de contrôle, d'être sûr que rien ne vous échappe afin, enfin, d'être en paix, d'être certain que rien, jamais, ne viendra contrarier vos plans et que tout se déroulera selon ce que votre esprit de rouages et de métal a prévu.

Jusqu'à votre mort, dans un mortel ennui, comme si la frontière entre la vie et la mort s'était soudainement épaissie et que vous ayez à résider de longues années dans cette frontière. Ni vivant, ni mort, toujours mourant, avec la puissance entre vos mains, la puissance promise qui semblait si simple au début.

"Froids soient la main et le coeur et les os,
et froid soit le sommeil sous la roche :
pour ne jamais plus s'éveiller sur son lit de pierre,
jamais jusqu'à ce que la soleil fasse défaut et que la lune soit morte.
Dans le vent noir les étoiles mourront,
et toujours sur l'or qu'ils gisent,
jusqu'à ce que le Seigneur Ténébreux lève sa main
sur la mer morte et la terre desséchée."
La Communauté de l'Anneau, incantation de l'Être des Galgals

C'est ainsi que l'on devient un Nazgûl ; ainsi que le plus puissant des serviteurs divins, Sauron, fini par se détourner de la sagesse et de la bonté et créer l'Anneau Unique afin de dominer par la force ceux qui refusaient de se plier à ses désirs. De même Morgoth, le maître de Sauron, celui qui le premier se rebella contre l'ordre des choses tels qu'il avait été écrit, le fit par désir de créer tout seul, de maîtriser la Flamme de Vie, d'ajouter une harmonie qui n'appartiendrait qu'a lui dans la Musique du Monde.

En cela que le message de Tolkien est très bien rendu dans les deux premiers opus cinématographiques, nous sentons les blessures de la Terre lorsque elle est mutilée par Saroumane qui a choisi la voie de la logique pure dénuée de toute empathie. Il est logique de choisir le parti de Sauron, tout autre choix serait stupide, comment un malheureux hobbit pourrait il échapper à la toute puissance du Seigneur Ténébreux ? Et tant bien même, que pourrait il faire pour s'opposer a lui ? Comment penser lutter contre cette toute-puissance industrielle ?

En face il n'y a qu'une seule réponse : L'Amour. L'Amour de ce qui vit et qui est beau. L'amitié et le don de soi, jusqu'au sacrifice de sa vie. L'Amour et la bonté. Cette réponse est désarmante de simplicité mais elle est immense, elle embrasse l'univers. Elle est tellement simple que les trop grands magiciens ne l'éclabousse même pas de leur mépris car ils ne peuvent la voir, et encore moins la comprendre, à partir du moment où ils veulent saisir le monde de leurs esprits crochus.

C'est elle qui permet a Frodo de porter son lourd fardeau et d'aller encore de l'avant malgré l'épuisement et le sentiment de son destin funeste. Et c'est elle qui porte les Compagnons de l'Anneau au travers de leurs épreuves, qui permet à Aragorn, Gimli et Legolas de tenir un train d'enfer à la poursuite des Uruk-hais qui ont capturé les hobbits Merry et Pippin.

Les thèmes qui sous-tendent l'oeuvre de Tolkien sont à la fois simples et profonds, il nous rappelle au bon sens et à la valeur des choses simples en nous faisant rêver avec une histoire d'antan, le soir au coin du feu.

Une longue gestation

Les événements du Seigneur des Anneaux sont donc un reliquat du conflit immémorial entre le Bien et le Mal, conflit qui éclate alors que le monde s'assagit et que petit à petit les créatures non-humaines perdent de leur importance, la vitalité farouche de la race des hommes leur permettant de renaître après chaque dévastation. L'Anneau que le paisible hobbit a trouvé par hasard est en effet l'Anneau Unique, forgé par celui qui revendique la souveraineté sur toute la Terre du Milieu pour lui permettre de dominer toute vie et écraser ceux qui lui résiste.

C'est pour cela que le Seigneur des Anneaux a mis 18 ans pour voir le jour, car ce n'est pas un livre que Tolkien écrivait, mais un univers. Il s'agissait de faire naître l'histoire, les coutumes, les vêtements et les langues, surtout les langues car celles ci contiennent l'esprit de la race qui les créent. A partir de cela, l'histoire narrée dans le Seigneur des Anneaux n'est qu'un bout de l'Histoire, un bref épisode dans le temps ou l'on s'intéresse plus en détail aux destins des personnages qui font l'histoire de la Terre du Milieu a ce moment là.

De là vient l'impression que l'on a parfois en lisant le Hobbit ou le Seigneur des Anneaux d'entr'apercevoir des choses lointaines, de sentir que derrière ce que tel personnage nous résume il y a en fait un monde vaste et inconnu, d'autres destins emmêlés, d'autres récits passionnants qui nous attendent.

On le ressent car ces récits existent, Tolkien avait tout cela dans ses notes mais cela n'a jamais été publié de son vivant, son perfectionnisme le poussant a revoir constamment une copie avant d'accepter que quoi que ce soit ne soit imprimé.

Une oeuvre inachevée

Tolkien est mort alors qu'il travaillait, à la demande générale, à mettre en forme pour publication les notes qui constituent la trame historique des Terres du Milieu. Il a ainsi légué a son troisième fils, Christopher, qui est son exécuteur testamentaire littéraire, le soin de continuer cette tâche gigantesque. C'est donc post-mortem qu'a été publié le Silmarillion, récit des temps de la création du monde. Suivirent les Contes et Légendes Inachevées et le Livre des Contes Perdus, qui couvrent les âges suivants puis les Lays of Beleriand (en anglais), un recueil de poèmes et gestes en vers. Au total, la quasi totalité des notes et écrits de Tolkien, annotés et commentés, a ainsi été publié par Christopher en 12 volumes qui forment l'Histoire des Terres du Milieu (The History of Middle Earth).

L'intégralité de l'Histoire des Terres du Milieu n'est, à l'heure actuelle, pas traduite intégralement en français. Seuls le Silmarillion, les Contes et Légendes Inachevées et le Livre des Contes Perdus le sont mais cela permet déjà de bien approfondir la mythologie et la cosmogonie des Terres du Milieu.

Une source d'inspiration inépuisable

L'oeuvre de Tolkien a par ailleurs inspiré depuis fort longtemps de nombreux dessinateurs et illustrateurs de talents, les deux plus renommés (John Howe et Alan Lee) sont d'ailleurs conseillers artistiques de l'adaptation cinématographique.

Il existe bien évidemment nombre d'ouvrage traitant de la création du Professeur Tolkien, des dictionnaires de langues elfiques, des précis de grammaire et d'écriture (les langues elfiques n'utilisent pas notre alphabet, le Saint Empire Romain n'ayant jamais existé en les Terres du Milieu), des bestiaires et autres atlas ainsi que des essais sur les origines des mythes qui ont inspiré le Pr Tolkien dans ses écrits.

J'ai essayé de vous proposer une sélection qui vous permettra, je l'espère de mieux connaître le monde imaginaire qui a pris possession du John Ronald Reuel Tolkien dans sa prime adolescence pour finalement arriver sur nos écrans 90 ans plus tard.

Je vous souhaite autant de bonheur que j'en ai eu à explorer ce monde merveilleux.



Fëanor
Janvier 2003

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