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Pascal Quignard pour les Ombres Errantes (Grasset) en est l'exemple le plus significatif. Jamais un Goncourt n'a paru plus hermétique, plus dense sur un plan littéraire, que cette année. C'est sans doute l'un des plus beaux exemples d'utilisation de la langue française qu'il nous a été donné de lire ces dernières années, mais je doute fort que le succès suive. Quignard n'est pas seul dans ce cas : le Prix Décembre accordé à Pierre Michon, le Fémina pour Anne F. Garreta, posent également cette question de la popularité de la littérature. L'amoureux des livres que je suis ne critique pas les choix dans l'absolu (les Ombres Errantes étant un des chocs littéraires les plus marquants de ma - jeune - carrière), mais je regrette qu'ils ne soient pas destinés à un lectorat plus large. Un prix devrait amener les lecteurs à découvrir un auteur, un roman ou un essai, et non pas à juste récompenser ceux-ci. Est-ce que les Ombres Errantes amèneront les gens à lire les Escaliers de Chambord ou le magnifique Tous les Matins du Monde ? J'en doute. Ceux qui ont bien compris le but d'un prix littéraire, ce sont ,une fois encore, les lycéens qui ont attribué leur Goncourt à Laurent Gaudé pour la Mort du Roi Tsongor (Actes Sud). Voilà un texte remarquable, racontant une histoire avec de la profondeur, dans une langue de qualité, et sur de séduire bon nombre de lecteurs. Un vrai prix populaire, dans le sens noble du terme.
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