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Blanc et noir, tout ou rien Février 2001
Double vie, Pierre Assouline contre lui-même
Un roman qui porte en lui-même son écho et son double. Pierre Assouline a beau avoir une moustache toujours aussi irritante, être un biographe captivant (Marcel Dassault, Gastoin Galimard, Jean Jardin, Georges Simenon...) et venir « sur le tard » au roman, il n'en est pas moins captivant -plus par la construction de son roman que par son style - puisque la narration l'emporte sur la recherche. On n'investit pas durant plus de vingt ans la vie des autres sans être à la fois bien et mal placé pour investir sa propre existence. On dresse alors autour de soi-même ces barrières que l'on a eu tant de mal à franchir lorsque l'on tentait de pénétrer les non-dits des autres... et quel autres !
L'auteur s'en sort plutôt bien, avec cette trouvaille en quatrième de couverture : «...de toute façon, dés lors qu'on a une vie intérieure, on mène déjà une double vie...» C'est le genre de phrase et d'artifice que l'on peut trouver à la fois d'une grande finesse ou complètement factice, et qui fait bien l'intérêt de la conversation et de ce roman. C'est vrai, l'intérêt n'est bien sur pas de lire, mais de penser en lisant. Donc, d'accord avec la «petite phrase».
Pierre Assouline nous donne t'il au moment même où nous le lisons, cette rare possibilité de dresser, «live» le cadre de notre propre auto-biographie ? vu sous cet angle, c'est assez tentant...
A signaler que ce roman est en très bonne place pour obtenir le très convoité «Prix des libraires 2001», alors si les libraires le disent...
Pierre Assouline / « Double vie » / Editions Gallimard / 9782070754984 / 105 Frs (16,01
Rien de tel quand on va parler de Freud de commencer par une citation de Lacan : «Aimer, c'est donner ce que l'on a pas à quelqu'un qui n'en veut pas». Ca tombe comme un cheveu sur la soupe, mais c'est une belle citation. On peut la mettre à toutes les sauces, d'ailleurs. Le tout c'est quelle fasse réfléchir ou sourire. C'est gagné. Freud en CdRom, pourquoi pas ? Ici deux tentatives à l'opposé l'une de l'autre. Un Cd éducatif très «orthodoxie», un Cd ludique trés lacanien (donc orthodoxe, mais plus «poilant»).
«Sigmund Freud, archéologie de l'inconscient» / Syrinx / Mac & PC / 3594740000194 / 299 Frs (45,58
Comment ne pas tomber sous le charme de Françoise Giroud ? Voilà un bel essai d'autobiographie loin des poncifs du genre. Il faut souvent se laisser guider par les petites citations en début d'ouvrage ou, ici et là, par quelques petites phrases qui donnent le ton de l'ouvrage tout entier. Au chapitre des petites phrases : «...Un jour, on se découvre petite chose molle, fragile et fripée, l'oreille dure, le pas incertain, le souffle court, la mémoire à trous, dialoguant avec son chat un dimanche de solitude. Cela s'appelle vieillir, et ce m'est pur scandale. », puis au chapitre des petites citations : «Quelle est la marque de la liberté réalisée ? : Ne plus rougir de soi;» (Nietzsche, Le gai savoir). Le ton est donné, voilà une sacré dame («bonne femme»), comme disent les hommes ! Céline Dion, quant à elle, oscille dans le même genre autobiographique, avec un bonheur tout différent. Le «On ne peut pas être heureux tout le temps» ne veut ici pas dire grand chose. Au chapitre des petites phrases et citations, on se contentera de « A René, l'homme de ma vie. », mais finalement... Des goûts et des couleurs... On est en plein coeur du sujet. Il nous semble quand même que le livre de Françoise Giroud fermé, on aura plus envie de continuer à vivre. Ce n'est pas négligeable.
Françoise Giroud/ «On ne peut pas être heureux tout le temps» / Editions Fayard / 9782213608198 / 120 Frs (18,29
Deux livres forts différents, deux chef-d'oeuvres : poids-lourd pour l'homme, poids-léger pour la femme. La même souffrance oserait-on dire, la souffrance des camps de concentration, la souffrance d'Auschwitz d'une part. La souffrance concentrationnaire de la famille , la petite horreur quotidienne et culturelle d'autre part. 1943 d'un côté, 1970 de l'autre. L'Europe façon Hitler, la France façon Giscard. Souffrances dans la chair, dans l'histoire, dans la tête, dans l'avenir. Souffrances identiques. N'avoir pas peur de dire que l'une n'est pas plus forte que l'autre, parce que dire que l'horreur est plus forte à Auschwitz pour le vrai juif, qu'à Grenoble pour la fausse juive, c'est dire que toute l'horreur de l'inceste, de la violence familiale, du harcèlement moral et sexuel moderne n'est pas condamnable, même si en disant cela, ce n'est pas du tout satisfaisant. Le but est le même la destruction de l'humain. L'homme-écrivain s'est suicidé en 1987, la femme-écrivain vient de finir sa psychanalyse. Deux portes de sorties différentes, mais à les entendre ils ont déjà été morts l'un et l'autre.
Primo Levi / «Si c'est un homme» / Editions Robert Laffont / 9782221084199 / 129 F (19,67
«Love.baba», dernier roman de Macha Méril. Après les recettes de pâtes, voici les recettes de jeunisme consensuel. il faut bien insister ici, dans la titre sur le point entre « Love » et « Baba », fameux point qui signifie que l'on à affaire à un texte et à un auteur branché. On pourrait suggérer au services marketing de l'éditeur un « Love.b@b@ » ou un « Love.baba.com »,mais ce sera pour plus tard. N'oublions pas que les éditeurs ont enfin pris la vague internet (en pleine figure), et que tout ce beau monde surfe à tout va , un palm entre les dents, un e-book à chaque pied. Mais pourquoi, finalement, ne pas se laisser séduire par la sensibilité et l'humour de l'auteur. Si vous êtes une femme, et si vous avez cinquante ans, pourquoi ne pas penser que c'est cela être une femme et avoir cinquante ans ? Après tout les modèles ne sont pas si nombreux. Les modèles en ce moment, ce serait plutôt les top-models vieillissantes (mais encore publicitaire ment juteuses) ou les futurs-seniors-prévoyants (style DHEA). Par contre jeunes ou vieillissants, lycéens ou retraités, vous vous devrez de tomber sous le charme de Roger-Pol Droit - Chercheur en philosophie (?) / label CNRS- qui semble avoir trouvé à défaut d'un concept philosophique, un concept marketing-bêton avec son ouvrage d'expériences philosophiques au quotidien. Le but avoué de cet ouvrage est donc d'ouvrir à la réalité philosophique sans jamais en parler. Points de concepts philosophiques, point d'histoire de la philosophie, point de philosophes. Point de philosophie donc. Désolé. Le chercheur se détend : une petite pose, un divertissement en somme. De ce point de vue c'est une réussite. Que cet ouvrage fasse réfléchir, c'est évident, et ce n'est déjà pas si mal. Qu'il fasse philosopher, c'est un peu vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes. C'est comme de vouloir conduite une automobile sans leçons de conduite. Mais c'est bien dans l'air du temps : en savoir un maximum sans apprendre, se faire tout de suite son opinion soi-même, en somme occulter complètement et toujours la construction de soi. Reste que Roger-Pol Droit est en ce moment même incontournable sur tous types d'ondes, et qu'il parle fort bien de son ouvrage, mais surtout des limites philosophiques de son livre. Dont acte.
Macha Méril / «love.baba» / Editions Albin Michel / 9782226120205 / 89 F (13,57
L'une (Catherine Cusset) emportait le grand prix des lectrices 2000 du magasine «Elle», avec son roman «Le problème avec Jane», l'autre (Annie Ernaux) livrait un texte de passion «nue» avec son roman autobiographie «Une passion simple». Après l'estampille «grand public - magasine-féminin», Catherine Cusset avec son nouveau roman nous administre une grande leçon de littérature (cette littérature qui semble couler d'elle-même, style «newyorkais décontracté» - un délice- le type même d'écriture que ne renierait pas Philip Roth). Vraiment profond, vraiment léger, vraiment sombre et clair à la fois. Tout à fait en «équilibre». Bref 4 étoiles. Par opposition, après l'estampille «vrai littérature française», Annie Ernaux nous livre du pur «Marie-Claire, l'enquête». Avec un titre prémonitoire, A.E, propose à notre curiosité (malsaine ?) les cahiers dans lesquels elle puisa la trame d' «Une passion simple». Pourquoi pas ? Les vertus thérapeutiques de l'écriture ne sont plus à démontrer, c'est un fait. Partant de là, faut-il rendre captif de ses errements ses fidèles lecteurs ? Non vraiment pas ! (?) . Et en plus, on n'a vraiment pas envie de dire, «Annie Ernaux, on vous pardonne...».
Catherine Cusset / «La haine de la famille» / Editions Gallimard / 9782070760916 / 105 F (16,01
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| Février 2001 |
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